Dimanche soir devait être un beau moment de football, entre un Olympique de Marseille en quête de repères et un Olympique lyonnais en crise. Dans une affiche qui réserve toujours des étincelles et du spectacle, même deux équipes malades auraient pu offrir du plaisir pour les yeux. Mais une poignée d’idiots, puisqu’il n’y a pas d’autres mots, en a décidé autrement.
Alors que les joueurs de l’OL arrivent au Vélodrome dimanche soir, leur bus est visé par des projectiles de plusieurs dizaines de « supporters » marseillais. Des canettes de bière ont notamment visé les vitres du bus, en brisant plusieurs, et blessant au visage l’entraîneur lyonnais Fabien Grosso, qui a été recousu avec une douzaine de points de suture et s’est vu accorder une ITT (incapacité totale de travail) de 30 jours. Dans les faits, ce n’est pas un arrêt de travail, le coach est libre de reprendre le travail quand il le souhaite. Cet incident a mené à l’annulation pure et simple de la rencontre, décision logique et qu’il fallait prendre.

Une volonté de faire mal
Ce sont les cars de l’équipe de l’OL, ainsi que cinq des cars de supporters lyonnais qui ont été attaqués par deux groupes distincts de « supporters » marseillais. C’est là qu’une première aberration apparaît. Selon La Provence, des indépendants de groupes de supporters de l’OM leur ont fait part dès jeudi dernier de leur intention d’attaquer les cars des supporters de Lyon. Dans leurs propres termes, ils n’auraient « jamais » attaqué le car de l’équipe. La question d’une possible complicité de La Provence, qui n’a en rien averti les pouvoirs publics, peut se poser, car ici, le secret des sources pourrait être enfreint dans une certaine mesure. Mais surtout le fait que cette attaque de supporters soit vu comme normale, est on ne peut plus inquiétante.
Le car de l’équipe a, quant à lui été attaqué par un mouvement spontané de Marseillais présents lors de son passage dans la ville. Si certains internautes, visiblement peu consciencieux, pointent du doigt le fait que le car soit affublé du logo de l’OL, ou que le dispositif policier était léger, cela n’excuse en rien une telle attaque. Alors que les préfets et les pouvoirs publics ont eu le courage de laisser les supporters lyonnais revenir au Vélodrome après sept années d’interdiction, les comportements irresponsables et dangereux d’une poignée, vont donner raison aux autorités qui interdisent, et pénaliser la majorité.

Les témoignages de personnes présentes sur place montrent bien toute la violence des événements. Un supporter parle de « guet-apens », un des chauffeurs de bus a évoqué « des gens cagoulés » qui ont pris son véhicule pour cible. Une volonté idiote de provoquer la peur, qui n’a visiblement pas marché puisque des témoins rapportent que certains supporters lyonnais étaient prêts à en découdre avec les casseurs. Certains d’entre eux ont d’ailleurs pris pour cible la voiture de John Textor, président et propriétaire de l’OL, lorsque celui-ci a quitté le Vélodrome plusieurs heures plus tard. Lui non plus n’était pas totalement connecté à la réalité puisqu’au moment où la rencontre a été annulée, il a déclaré :« On a dit à la Ligue que l’on voulait jouer et qu’on était prêts à jouer. » Une version que M. Letexier, arbitre de la rencontre, conteste : « […] l’OL a indiqué qu’il ne souhaitait pas participer à la rencontre. […] M. Textor ne participait pas à la réunion de crise. » En gros, rien n’allait.
De la bêtise, de la bêtise, et encore de la bêtise
Dans une soirée où personne n’a brillé par sa clairvoyance ou sa lucidité, la LFP est bien la seule à avoir fait preuve de bon sens en annulant la rencontre. Les mots du DG de la LFP Arnaud Rouger semblent pourtant avoir été entendus des dizaines de fois, lui qui demande des « sanctions fortes », pour des incidents que l’on voit toutes les saisons. L’un des débats de la soirée, était le périmètre de responsabilité de chacune des parties chargées de la sécurité, pour déterminer à qui la faute de ces débordements. Rien ne s’est produit aux abords du stade, donc ce serait la faute de la préfecture et du ministère de l’Intérieur, chargés de la sécurité sur la voie publique. À l’inverse, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, pointe « la responsabilité des clubs et des supporters ». Alors oui, les agissements sont idiots, mais les images ne montrent pas des policiers extrêmement motivés à intervenir face aux jets de projectiles, et même si rien n’excuse les agissements de certains, il est trop facile de rejeter toute la faute sur les autres quand il est clair que le dispositif ne suffisait pas.
Certains fans lyonnais n’ont pas non plus brillé par leur comportement dimanche soir. Déjà remarqués pour des actes antisémites ou racistes par le passé, une partie des Ultras présents ont récidivé dans l’enceinte du Vélodrome. Signes nazis, imitations de singes en direction du parcage marseillais, où se trouvaient des personnes de couleur noire ou typées arabes, gestes où quelques lyonnais montrent leur carte d’identité en direction de ce même parcage, déploiement de nombreux drapeaux français et La Marseillaise entonnée près d’une quinzaine de fois selon plusieurs témoins. Alors non, ces deux derniers gestes n’ont pas une connotation raciste, mais quand ils sont utilisés dans le but de faire comprendre à un groupe d’individus qu’ils ne sont pas Français, alors on touche les bas-fonds de la pensée humaine, et c’est là que la haine de l’autre l’emporte sur le reste. Racisme, antisémitisme, nazisme donc, et insultes homophobes, plusieurs lyonnais ont eu des comportements ignobles et inexcusables en tribunes. Des comportements condamnés par l’OL, qui est à la recherche des auteurs et compte bien les éloigner de son stade.

Pour couronner le tout, comme s’il n’y avait pas déjà assez à traiter et à assimiler dans cette histoire, les South Winners, groupe de supporters de l’OM, se sont fendus d’un communiqué douteux et totalement déplacé. Accusés d’avoir participé aux caillassages, car des témoins ont rapporté que certains casseurs portaient des vestes des South Winners, le groupe a tenu à se dédouaner de ces accusations. Si le communiqué condamne les agissements des fauteurs de troubles, il place aussi le groupe en victime de la situation et paraît complètement en décalage avec la situation, petit extrait : « Amis supporters, nous appelons à votre bon sens et votre intelligence pour ne pas céder aux nombreuses provocations que nous aurons à subir à l’avenir, car ne doutons pas que tout sera mis en oeuvre pour nous accabler, alors soyez vigilants ! » Complètement lunaire de se placer en victime quand un homme a failli perdre un oeil, et que des joueurs, ainsi que des dizaines de supporters vont être traumatisés pas les événements. Oui la diffamation est une chose grave, et la vérité doit être établie et défendue, mais ce communiqué manque cruellement de considération pour les vraies victimes de cette soirée, est à contre-temps dans son ton avec la situation, et surtout, pouvait attendre, ou alors aurait dû être mieux travaillé. La cerise sur le gâteau d’un triste épisode de l’histoire de la Ligue 1, qui aura révélé tout le chemin que la France a encore à parcourir pour faire des tribunes de foot des endroits sécuritaires. Le fiasco est total, maintenant, c’est au foot français d’en apprendre pour mieux répondre à l’avenir à ce genre d’événements.






Laisser un commentaire