En 1990, Jacques Chirac, alors maire de Paris promettait aux habitants de la Ville Lumière de pouvoir faire trempette dans le fleuve, longtemps associé à sa saleté et à son impureté. Une promesse tombée à l’eau dans les années qui ont suivi mais qui a refait surface lors de la préparation des Jeux Olympiques de 2024. La décision a été prise : la Seine accueillera 2 épreuves, en plus de la cérémonie d’ouverture . Cette ambition de faire du fleuve mythique un véritable lieu de compétition s’accompagne d’un grand nombre de défis tels que la purification et l’assainissement du cours d’eau longtemps sali.
Les 2 épreuves accueillies par la Seine
Le 26 juillet, les Jeux de Paris marqueront l’histoire olympique dès leur commencement: la cérémonie d’ouverture sera la première à se dérouler « hors stade ». En effet, le théâtre de cet énorme événement aura lieu dans la Seine. Une première historique: les 10 500 athlètes navigueront par nation le long du fleuve sur un parcours de 6 kilomètres enrichi par de nombreux spectacles et prestations artistiques. « Briser les codes » annonce Paris 2024 et le metteur en scène de la cérémonie, Thomas Jolly. Plus de 600 000 spectateurs seront attendus aux abords de la Seine. Un chiffre impressionnant, certes, mais non sans contraintes: comment sécuriser l’espace public face à une telle influence? Le ministre de l’Intérieur Gérard Darmanin a annoncé la mobilisation de 35 000 forces de l’ordre pour la cérémonie, dont les ambitions spectaculaires pourront d’ailleurs être vues à la baisse suite aux attentats…
Les 30, 31 juillets et 1er août, de nombreux athlètes prendront le départ du Pont Alexandre III pour la première épreuve des Jeux sur la Seine : le Triathlon. Les 1500 mètres de nage de la compétition se feront donc dans le fleuve de la Capitale, offrant un spectacle hors du commun tant la course sera intense et rapide. A noter que les places pour assister à la natation seront payantes, mais qu’il sera possible de voir gratuitement le cyclisme et la course à pied dans les rues de la capitale.
Une semaine plus tard, la Seine accueillera une autre épreuve tout autant spectaculaire : la natation marathon. Dernière discipline aquatique inscrite au programme olympique (première en 2008 à Pékin), elle demandera aux nageurs une grande endurance ainsi que de la lucidité dans les trajectoires de nage, pour venir à bout des 10 kilomètres du parcours, également au départ du Pont Alexandre III. Les meilleurs mettent moins d’une heure cinquante pour boucler cette distance, à l’image de l’allemand Florian Wellbrock qui a mis 1 heure 48 minutes et 33 secondes aux JO de Tokyo en 2021, et s’est donc offert le titre olympique.
Une fois les Jeux terminés, Anne Hidalgo, maire de Paris, compte faire de la Seine un lieu de baignade permanent pour les parisiens. En juillet dernier, elle a ainsi affirmé, très confiante : « Dès 2025, on pourra se baigner dans la Seine ! ». Les trois sites de « Bras Mairie », « Grenelle » et « Bercy » promettent de véritables piscines à ciel ouvert qui accueilleront les publics, mais qui seront également des lieux de compétitions, dans la continuité des Jeux.
Des promesses ambitieuses qui nécessitent plusieurs travaux de nettoyage du fleuve.

Un Projet coûteux en plusieurs étapes
En 2016, l’action est lancée avec un plan d’1,6 milliard d’euros établi par le Comité Seine, réunissant différents acteurs comme l’Agence de l’Eau ou les départements. Quatre grands chantiers sont identifiés pour purifier la Seine, qualifiée de « sale » et « polluée » par 70% des français, selon un sondage IFOP. Ces axes de travails sont les suivants :
-équiper les stations d’épurations de filtres ultraviolets qui élimineront les bactéries E. coli et entérocoques qui peuvent provoquer des maladies.
-revoir le réseau de déversement des eaux usées des habitations qui longent le fleuve, mais également des péniches, responsables de la pollution de la Seine.
-gérer les eaux de pluie qui mènent parfois au débordement de la Seine, rendant la baignade impossible. Pour ce faire, des bassins de stockage sont créés : celui d’Austerlitz pourra contenir plus de 50 000 mètres cubes d’eau, l’équivalent de 20 piscines olympiques.
De longs travaux toujours en cours pour cet immense défi, qui s’accompagne toutefois de son lot de problèmes et de questionnements.

Se baigner dans la Seine dès l’année prochaine : un premier bilan contrasté
A moins d’un an des Jeux, les « épreuves tests » dans la Seine se sont multipliées cet été, mais certaines n’ont pu voir le jour, la qualité de l’eau n’étant pas au rendez-vous. Une situation fragile qui s’est produite trois fois en août : deux épreuves de triathlon et une d’eau libre ont été annulées suite à des analyses de l’eau, trop concentrées en bactérie E.Coli dues à la pluie qui a fait déborder les égouts dans la Seine.
L’organisation de Paris 2024 est consciente de cette fragilité, mais reste confiante. Tony Estanguet, son président, a d’ailleurs manifesté ce sentiment : « Il n’y a pas de solution de déplacement de l’épreuve. Le triathlon et la natation en eau libre auront lieu dans la Seine l’année prochaine. » A savoir qu’en cas d’impossibilité de nager dans la Seine, le triathlon devrait se transformer en « duathlon » (vélo et course à pied) comme c’est habituellement le cas en compétition. Pour la natation marathon, aucune solution de repli n’est prévue. Les chantiers se poursuivent et devraient donc permettre d’accueillir les deux compétitions l’été prochain, du moins on l’espère.
Simon Zobel
©Paris 2024, Le Parisien






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