Au terme d’une semaine plus qu’aboutie, Corentin Moutet a été logiquement stoppé en huitièmes de finale par le numéro 2 mondial, Jannik Sinner, en quatre sets (6-2, 3-6, 2-6, 1-6). En quête de régularité au plus haut niveau depuis plusieurs années, le Français a enfin révélé au grand public toute sa palette tennistique, au point d’apparaître comme un des futurs chouchous de la Porte d’Auteuil.

Comme depuis plusieurs années, le public français attendait une étincelle dans la grisaille parisienne, et l’éternelle saignée tricolore des premiers tours de Roland Garros, pour venir enflammer le second Grand Chelem de l’année. En 2020, Hugo Gaston avait été cette éclaircie. Depuis, aucun Français ne s’était hissé jusqu’en deuxième semaine chez les hommes. Mais cette année, l’anomalie a été corrigée par un Corentin Moutet en état de grâce sur ses trois premiers matchs. Au-delà de son beau parcours, c’est un joueur atypique, capable du meilleur comme du pire qui a fait la rencontre du désormais très redouté public parisien.

Corentin « Showman » Moutet

En huit participations à Roland Garros, Moutet n’avait jamais fait mieux qu’un troisième tour en 2019. Dans les tournois du Grand Chelem, il avait atteint une fois la deuxième semaine fin 2022 lors de l’US Open, s’inclinant en huitièmes de finale face à Casper Ruud. Cette saison 2022, où il sera exclu de la FFT pour son mauvais comportement, correspond aussi à celle où il atteint son meilleur classement en carrière (51e), et lors de laquelle il bat de nombreux grands joueurs tels que Stan Wawrinka, Holger Rune ou Borna Ćorić.

Bien que cette saison 2022 soit la première où il trouve un semblant de régularité et parvient à se hisser de plus en plus proche du niveau qui est réellement le sien, Moutet est présent dans le paysage tennistique tricolore depuis une petite dizaine d’années déjà. Il s’était notamment signalé en sortant Grigor Dimitrov au premier tour de Wimbledon en 2019. Mais ce qui fait la renommée de Moutet, et qui lui a permis de se mettre le public français dans la poche lors de cette édition, c’est son style de jeu élégant, imprévisible et spectaculaire.

Corentin Moutet après sa victoire contre Sebastian Ofner au troisième tour de Roland Garros (3-6, 6-4, 6-4, 6-1) (©Getty Images)

Entre amorties à répétition, services à la cuillère et angles impossibles, Corentin Moutet possède toute la palette technique pour proposer un véritable spectacle à chacun de ses matchs. À Roland Garros, il a épuisé Sebastian Ofner avec ses 12 services à la cuillère et ses amorties incessantes. L’Autrichien a fini par ne plus avoir les jambes pour aller les chercher et a craqué au bout de 4 sets (3-6, 6-4, 6-4, 6-1). Ce qui fait toute la richesse du jeu de Moutet, qui devient un adversaire très agaçant à jouer pour de nombreux joueurs tant son style est imprévisible, est aussi sa faiblesse, et cela s’est vu face à Jannik Sinner dimanche soir.

Rien n’est parfait

Contre le numéro 2 mondial, le Français a affiché les limites de son jeu, redescendant sur terre face à un adversaire bien plus solide que les précédents. Que ce soit face à Nicolas Jarry au premier tour (6-2, 6-1, 3-6, 6-0), ou Shevchenko au deuxième (6-4, 6-2, 0-6, 6-3), le Français, en dépit de la perte d’un set, avait l’ascendant sur son adversaire, et les solutions pour l’embêter en permanence. Mais contre l’Italien, une fois que la machine était réglée et avait compris le jeu de Moutet, plus rien ne pouvait l’arrêter.

Corentin Moutet lors de sa défaite en huitièmes de finale de Roland Garros face à Jannik Sinner (6-2, 3-6, 2-6, 1-6) (©P. Lahalle – L’Équipe)

Après avoir empoché le premier set grâce à des coups sublimes, des amorties bien senties, une réussite maximale et une justesse technique proches de la perfection, le Tricolore a baissé en régime face à la montée en puissance de l’homme en forme de cette première partie de saison. Aussi sublime que soit le jeu de Moutet, il est extrêmement exigeant en termes de justesse, de précision et de créativité. Et il suffit d’un peu l’enrayer pour que tout s’écroule. C’est ce que Sinner a réussi à faire, à coup de contre-amorties et de coups de fusil, forçant Moutet à prendre de plus en plus de risques, le Français commettant alors de plus en plus de fautes. Impuissant, Moutet n’a pu qu’assister à la montée en puissance de l’Italien, qui est vite redevenu le rouleau-compresseur qu’il est.

Au-delà de l’aspect mental sur lequel Moutet a bien progressé sans être encore tout à fait au point – sa longue discussion avec l’arbitre autour d’une faute de pied qu’il pensait ne pas avoir commise dans le quatrième set l’illustre bien -, c’est l’efficacité du jeu de Sinner qui a fait la différence. Pas de fioritures, de nombreux coups gagnants et une solidité en fond de court qui en rendrait plus d’un jaloux. Si le jeu et la taille de Moutet ne lui permettent pas d’avoir ce type de jeu, son style risque d’être un blocage pour espérer aller viser plus haut. Mais à seulement 25 ans, celui qui se rapprochera lundi 11 juin de son meilleur classement en carrière (probablement 56e) a encore une belle marge de progression. Le fait de se confronter aux tout meilleurs devrait lui permettre de grandir sur de nombreux aspects pour, on l’espère, viser encore plus haut. Pour celui qui devrait faire partie du contingent français présent aux JO, Mannarino s’apprêtant à déclarer forfait, il devrait encore être permis de rêver du côté de la porte d’Auteuil dès cet été.

Crédits

Corentin Delorme

Corinne Dubreuil – FFT

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