L’athlète française Clémence Beretta pratique la marche rapide sur 20 km, et participera cet été aux Jeux Olympiques. La Vosgienne a fini sixème des Championnats d’Europe à Munich en 2022, devenant la première marcheuse française finaliste de l’histoire des Championnats dEurope. Elle a ainsi battu le record de France de 38 secondes, exploit réitéré l’année suivante puis cette année au 20 km de Taicang en Chine, terminant la course en 1h 28min et 44s. En plus de passer sous la barre des 1h30, elle a réalisé le minima pour les JO de Paris (1h29’20’’).

L’athlète a obtenu plus de 15 médailles nationales, 1 médaille de bronze au 20 km par équipe aux Championnats d’Europe (2023) et détient 6 records de France (sur 10km et 20km). Elle cumule 13 sélections en équipe de France. La marcheuse revient sur son parcours et ses attentes pour les Jeux.

Peux-tu nous rappeler les règles de la marche ?

Il y a deux règles en marche, il faut toujours avoir un contact au sol et un genou tendu. Ces règles sont soumises à un jugement, durant la course plusieurs juges sur le parcours veillent au respect de ce règlement. Quand un juge relève une irrégularité, il en informe la marcheuse par une palette jaune. Si la gestuelle n’est pas adaptée après cela, le juge sanctionne l’athlète d’un carton rouge. Après trois cartons rouges de trois juges différents, il est pénalisé.

Quelle est l’importance des JO pour la médiatisation de la marche ?

Les JO sont une vitrine pour les sports mineurs, qui n’ont pas une forte médiatisation. Il y a un impact positif pour les disciplines qui ne sont pas mondialement connues. Lorsque j’en parle autours de moi je me rends compte que les gens connaissent la marche grâce aux JO.

Clémence Beretta 6e au Championnat d’Europe de Munich, record de France explosé (1h30’37). 
© – MAXPPP /RONALD WITTEK

Comment te prépares-tu aux JO ?

On ne s’y prépare pas 6 mois avant, un cycle olympique dure 4 ans et toutes ces années permettent d’arriver au top niveau. Il y a la dernière phase, la ligne droite pour les JO qui commence dès novembre 2023, ce sont des étapes qui, petit à petit, t’emmènent au jour J.

En tant qu’athlète de sport d’extérieur, ici d’endurance, on est à la recherche du meilleur climat possible pour faire énormément de kilométrage. Durant l’hiver on va chercher l’été dans l’hémisphère sud. Je vais en Afrique du Sud, un endroit en altitude avec un climat estival qui permet de faire de la qualité, de vraiment s’entrainer. C’est dans ce camps à deux heures de Johannesburg que les meilleurs européens se retrouvent, il y a tout pour les athlètes. Je pars ensuite en Australie pour de nouveau chercher le soleil.

Qu’attends-tu des JO de Paris ?

Les JO sont l’aboutissement d’une carrière pour tout athlète, il y a participer, et être vraiment acteur : se qualifier c’est déjà bien mais j’ai des objectifs assez élevés, j’aimerais faire au moins une place de finaliste. Les JO à Paris vont être très spéciaux, ce sera la première fois où j’aurai autant de supporters pour moi. Mon club vosgien prévoit des bus pour transporter les supporters du département et il y aura beaucoup de français.

En même temps, il faut savoir ne pas trop sacraliser cela et prendre du recul : certes ce sont les JO, mais les filles seront les mêmes et ce sera toujours 20 km, c’est une course parmi d’autres. Il faut trouver un juste milieu, savourer l’événement qui est unique et magique et ne pas se laisser happer par cette grandeur qui peut être impressionnante. Cette expérience me marquera à tout jamais, ma famille aussi. J’attends des Jeux de donner le meilleur de moi comme toujours, j’aurai cette fierté de représenter la France et j’en espère la plus belle des places possible.

Comment as-tu découvert la marche ?

J’ai commencé l’athlétisme à 10 ans, mon papa qui est maintenant mon entraineur m’a un jour, proposé d’essayer la marche. J’ai une histoire particulière avec mon club, mon père en est le président donc pour moi c’est naturel de rester licenciée dans mon club de toujours. Aujourd’hui je me suis professionnalisée autour de mon club et de mon département.

Clémence Beretta avec son père et entraineur Pierre Beretta. 
© – VM /Philippe BRIQUELEUR

Quelles sont tes motivations ?

Tous les athlètes ont l’esprit de compétition mais il faut trouver ses propres motivations intrinsèques, son vrai pourquoi : pourquoi je m’entraîne, pourquoi j’ai ce désir de donner le meilleur de moi sur une compétition, pourquoi c’est ce que je veux faire… Tout cela dépend de l’identité et du vécu de chacun, je ne connais pas un athlète qui n’a pas eu à un moment donné cette crise du pourquoi. Je l’ai eu en 2022 après les championnats d’Europe, ça a été compliqué de trouver un sens à ce que je fais.

En réalité, par ma pratique j’inspire les gens. L’important ce n’est pas le nombre de personnes qu’on inspire, nous ne sommes pas tous des footballeurs qui remplissent des stades. Donner envie à une, deux personnes c’est déjà gagné. Je reçois des messages de jeunes filles que j’inspire. Je leurs donne confiance en elles en parlant de santé mentale et d’accessibilité du sport.

Il y a certes la motivation un peu égoïste d’aimer la compétition et de vouloir gagner, mais quand on regarde plus en profondeur, le sens que j’ai pu trouver c’est que j’aide des gens. Aujourd’hui je transmets beaucoup, j’interviens auprès d’écoles et d’entreprises, je fais des podcasts… Tout cela donne un sens à mon quotidien.

Comment arrives-tu à te remotiver après une mauvaise performance ou une disqualification ?

L’échec fait partie de tout sportif, et au delà du sport il fait partie de la vie. Il y a un gros travail à faire sur la relation qu’on a avec l’échec. C’est très compliqué surtout quand on est jeune, sans maturité ni expérience, de comprendre que l’échec n’est pas une fin en soi. Il peut aboutir à de belles leçons et prises de conscience.

Aujourd’hui avec le recul et la carrière que j’ai, je sais rebondir et analyser les choses comme elles se passent, sans dramatiser. Il y aura toujours un débriefing après une compétition car même dans le bon, dans une médaille, on a des choses à redire et s’améliorer.

On n’a pas le contrôle sur tout en tant qu’athlète : la stratégie de course des autres athlètes, la météo… Il faut savoir relativiser et lâcher prise, c’est un travail sur soi.

Maé Knibiehly

© – La Voix du Nord/MATTHIEU BOTTE

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