Du 21 au 29 septembre se déroulait les championnats du monde de cyclisme sur route à Zurich en Suisse. Les coureurs se sont battus toute la semaine pour tenter de décrocher le Graal ultime pour les cyclistes, le maillot arc-en-ciel. Sur des parcours déjà compliqués, la pluie et les orages n’ont pas épargné les coureurs, de quoi permettre aux meilleurs de la planète de se distinguer.
Seul au monde
Incroyable, exceptionnel, stratosphérique… Les termes manquent pour décrire la performance de Tadej Pogačar. Le récent vainqueur des Strade Bianche, du Tour d’Italie, du Tour de France a remporté avec la manière, une 23ème victoire cette saison. Après la pluie toute la semaine, il est venu chercher sous le soleil son maillot arc-en-ciel, en devant ainsi le premier Slovène champion du monde. Un succès qui restera dans les annales puisque le coureur d’UAE Team Emirates a réalisé un raid solitaire inimaginable. « Je ne peux pas croire ce qu’il s’est passé » avouait-il après la course.
Après les chutes et abandons de certains favoris comme Pello Bilbao et surtout Julian Alaphillipe, la course a commencé à se décanter à 130 kilomètres du but. L’Espagne a décidé de mettre les premiers le feux aux poudres avec Pablo Castrillo, vainqueur de deux étapes cette année sur le Tour d’Espagne, qui a décidé d’attaquer. Un groupe d’outsiders s’est ensuite détaché avec parmi eux le Français Pavel Sivakov, forçant les sélections slovène, belge et néerlandaise à rouler. C’est à ce moment-là que « Pogi » a décidé de fausser compagnie au reste du peloton. Il a placé son attaque décisive à 102 kilomètres et seul l’Italien Bagioli a tenté de suivre, avant d’être rapidement esseulé.
Erreur stratégique pour Van der Poel et Evenepoel
Confiant, les favoris ne se sont pas affolés et se sont permis de lui laisser une marge de 40 secondes, obligeant ainsi Pogacar à prendre le vent et à se fatiguer seul. Mais le Slovène ne sera jamais rattrapé. Remco Evenepoel s’est longtemps agacé de la situation, Van der Poel était quant à lui trop limite pour combler seul le retard. Le triple vainqueur du Tour de France peut donc remercier la mésentente des coureurs présents derrière lui, qui n’ont pas collaboré une seule seconde, en s’attaquant dans chaque faux-plats, permettant ainsi à Pogacar de conserver son avance. Malgré une fatigue visible dans le dernier tour, il s’impose après 273.9 kilomètres au bout de l’effort, seul. Derrière, Ben O’Connor vient chercher une médaille d’argent devant Matthieu Van der Poel.

© – REUTERS/Denis Balibouse
Après ses maillots blancs, jaunes et rose, le Slovène vient ajouter un arc-en-ciel à son palmarès, de quoi mettre encore un peu plus de couleurs à son armoire.
« J’avais fait de ce titre un grand objectif au bout d’une saison parfaite. C’est incroyable ».
Rebe-Lotte pour Kopecky
La Belge était attendue. Lotte Kopecky, championne d’Europe et du monde en titre, mais également vainqueure de Paris-Roubaix cette année, avait logiquement le statut de favorite. Cependant, effectuer le doublé s’annonçait rude pour elle, notamment à cause de la sélection des Pays-Bas, articulée autour de Demi Vollering, récente deuxième du Tour de France Femmes. Après une minute de silence en hommage à Muriel Furrer, la Suissesse décédée la veille, les coureuses se sont élancées sous une pluie torrentielle.

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C’est à 47.3 kilomètres que la sélection s’est faite avec un bon coup qui est parti. Un groupe de quatre s’est ensuite détaché, avec en son sein deux Néerlandaises et surtout Marianne Vos, déjà triple-championne du monde. La récente maillot vert de la Grande Boucle n’aura malheureusement pas réussi à prendre trop de champs, à cause de sa coéquipière Demi Vollering qui aura fait le tempo derrière ce petit groupe de tête. Une attitude incompréhensible qui prive sûrement l’équipe des Pays-Bas du titre. Voyant que l’échappée n’arrivait pas à prendre plus de trente secondes, l’Italienne Elisa Longo Borghini a attaqué à plusieurs reprises pour rentrer sur le groupe de tête, puis le distancer. Ce sont finalement six femmes qui se sont jouées le titre, et à ce jeu-là, Lotte Kopecky, jusqu’à la plutôt discrète, a réussi à tirer son épingle du jeu. Elle s’impose pour la deuxième fois sur les championnats du monde, devant Cloé Dygert et Elisa Longo Borghini.
« J’étais congelée dans certaines descentes, mais j’ai gardé la tête froide dans le final » expliquait-elle frigorifiée à l’arrivée.

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La première française Juliette Labous termine, elle, à une décevante douzième place. Un échec pour la formation tricolore qui n’aura pas pesé sur la course malgré le retour sur route de Pauline Ferrand-Prévot, championne olympique cet été.
Du côté des Espoirs, c’est la Néerlandaise Puck Pieterse, victorieuse d’une étape sur le Tour de France Femmes, qui remporte le maillot arc-en-ciel, en finissant 13ème. En effet, la course Espoirs Femmes se déroule en même temps que la course au scratch, faute de moyens. Une chose qui va cependant changer l’année prochaine au Rwanda, avec la mise en place de leur propre championnat.
On prend les mêmes sur le chrono et on recommence
Remco Evenepoel et Grace Brown, tous deux champions olympiques se sont imposé sur le contre-la-montre. Encore une fois, le Belge confirme sa domination sans égale en réussissant à conserver son titre. Malgré un saut de chaîne à moins d’une minute du départ ainsi qu’un problème de compteur, « l’aéro bullet » de 24 ans n’aura pas trembler puisqu’il a finalement devancé Fillipo Ganna de six secondes au terme de ce chrono de 46,1 kilomètres.

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Chez les Espoirs, c’est l’Espagnol Ivan Romeo qui s’impose. Le Belge Alec Segaert, favori annoncé et champion d’Europe termine quant à lui au pied du podium.
Grace Brown, la légende incontestée du contre-la-montre féminin, a écrasé les pédales et la concurrence en remportant ce maillot arc-en-ciel avec près de quarante-trois secondes d’avance sur sa dauphine. Pour sa dernière saison, l’Australienne s’est imposée sur Liège-Bastonne-Liège puis les Jeux olympiques et les mondiaux du contre-la-montre. Ajouté à cela le relais mixte qu’elle a remporté pour moins d’une seconde d’avance devant l’Allemagne avec sa sélection nationale. De quoi conclure en beauté pour la coureuse de 32 ans.
Du côté des Espoirs Femmes, l’Allemande Antonia Niedermaier conserve son titre.
Surprise générale chez les Espoirs
Niklas Behrens, récent vice-champion d’Europe Espoirs, a surpris tout le monde en devenant champion du monde. En effet, vu son gabarit, personne n’avait misé sur le géant d’un mètre quatre-vingt-quinze avant le départ. Pourtant, le pensionnaire de l’équipe de développement de Lidl-Trek s’est joué des principaux favoris en s’imposant dans un sprint à deux dans les rues de Zurich. Mais la course ne fut pas facile pour lui. En effet, les hostilités ont été lancées par Jan Christen, coureur dans l’équipe de Tadej Pogacar, parti en solitaire à 70 kilomètres. Mais tout le monde n’a pas le niveau du Slovène. Parti de trop loin, sûrement à cause d’un excès de confiance, le Danois est repris par un petit groupe, à 10 kilomètres de la ligne.
Ce fut le moment opportun choisi par Niklas Behrens pour porter son attaque décisive. Il a ensuite profité du marquage des favoris Joseph Blackmore, Isaac del Toro et Jarno Widar pour se retrouver seul en tête. Et ce n’est pas le retour dans la descente de Martin Svrcek qui l’a inquiété. L’Allemand est devenu champion du monde au sprint, sans trembler, devant le Slovaque complètement vidé. De quoi oublier rapidement sa médaille d’argent acquise aux championnats d’Europe quelques semaines plus tôt.
Victoire française chez les U19
53kmh. C’est la vitesse moyenne de Paul Seixas, dix-sept ans, sur le parcours tout plat de 29,4 kilomètres sur le chrono des U19. Le Français, considéré par beaucoup comme le meilleur coureur du monde de sa catégorie a remporté le titre mondial ce lundi 23 septembre, devant la paire de Belges Jasper Schoofs et Matisse Van Kerckhove.

© – UCI
Le Lyonnais devient par la même occasion le premier tricolore à s’imposer sur cette épreuve en U19. Il s’offre le maillot arc-en-ciel, le plus beau cadeau possible pour celui qui fêtait son anniversaire le lendemain.
« C’est la meilleure performance de ma vie sur un chrono »
au micro de DirectVélo après l’arrivée
L’année prochaine, Paul Seixas rejoindra la formation professionnelle Décathlon AG2R La Mondiale, lui qui a fait partie de l’équipe de développement depuis ses quinze ans.
Malgré son statut de grandissime favori, le Français ne parviendra pas à répéter sa performance sur la course en ligne, à l’allure apocalyptique, rendue extrêmement compliquée par le déluge. Victime d’une fringale, Seixas fut distancé à une trentaine de kilomètres de l’arrivée après une attaque tranchante d’Albert Withen Philipsen, le tenant du titre. Néanmoins, le Danois ne parviendra pas à aller jusqu’à la ligne, car ce dernier est parti à la faute dans une des descentes détrempées. Une situation qui sourira au bout du compte à Lorenzo Mark Finn, qui s’est détaché des autres à 19 kilomètres avant de terminer en solitaire, complètement gelé, avec plus de deux minutes d’avance.
Deux fois Cat
Du côté des femmes, c’est la prodige Cat Ferguson qui s’est imposée à la fois sur le chrono, mais aussi sur la course sur route. La Britannique a repoussé sa dauphine à plus de trente secondes sur le contre-la-montre. Une performance qu’elle a réussi à réitérer trois jours plus tard.

© – Getty Images
En effet, après être sortie en échappée à 41 kilomètres de la ligne en compagnies de sept autres filles, la future professionnelle chez Movistar n’a pas tremblé au sprint en déposant l’Espagnole Paula Ostiz et la Slovaque Imogen Wolff.
Elle efface donc sa déception de l’année dernière où elle était repartie avec la médaille d’argent. Une course qui a cependant connu un destin funeste puisque la jeune Suissesse de dix-huit ans Muriel Furrer est décédée ce vendredi 27 septembre suite à sa grave chute sur le parcours… Une réalité qui nous rappelle la dureté et la dangerosité extrême de ce sport.
Adrien Débias Saïd
© – KEYSTONE – MICHAEL BUHOLZER






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