Il y a deux semaines, les tournois ATP 250 de Chengdu et de Hangzou et le tournoi WTA 500 de Séoul ont lancé la tournée asiatique du tennis. Ils ont permis de mettre en lumière des joueurs méconnus, notamment chinois. Malgré cela, les amoureux de la balle jaune gardent un regard mitigé sur une tournée qu’ils jugent similaire aux précédentes donc peu utile et qui posent des questions sur les motivations des instances du tennis mondial. 

Une idée d’intégration de l’Asie au circuit mondial

Depuis la création de l’ATP en septembre 1972 et de la WTA en juin 1973, les deux organisations partagent un objectif commun : faire exister le tennis professionnel sur l’ensemble des continents. Malgré tout, pendant de longues décennies, les tournois sont centralisés en Europe et en Amérique du Nord. L’engouement créé par l’organisation d’un tournoi du Grand Chelem en Australie obligera les deux associations à organiser une tournée océanique (quatre tournois) en début d’année, qui sera conclue par l’Open d’Australie. Une vraie réussite pour les associations de tennis professionnels, tant ces tournois sont prisés et tant les fans répondent présent. 

La tournée asiatique, la suite logique à la réussite de la tournée australe (©Getty images)

Encouragées par cette réussite, les instances du tennis professionnel tentent un nouveau projet : la création d’une tournée asiatique. En effet, avant le début des années 90, le circuit mondial ne s’arrête que très peu en Asie. Depuis 1973, hommes et femmes se retrouvent à Tokyo pour y disputer le tournoi de la capitale nippone, qui est le premier tournoi asiatique de l’histoire du tennis mondial. À partir de 1980, le circuit WTA crée le tournoi de Hong-Kong. L’ATP Tour crée la même année le tournoi de Pékin. Quatre ans plus tard, le WTA s’implante également dans la capitale chinoise.

Ce n’est que dans les années 90 que les circuits féminins et masculins vont se pencher réellement sur le continent asiatique et multiplier les nouveaux tournois avec l’apparition notamment de deux tournois très prestigieux. Le premier est le Masters 1000 de Shanghai chez les hommes à partir de 1996, mais qui n’atteint la catégorie reine qu’en 2009. Pour le circuit féminin, il faudra attendre 2004 et le tournoi WTA 500 de Séoul pour voir un nouveau tournoi « important » du tennis féminin en Asie. Le tournoi de Pékin atteint la catégorie WTA 1000 en 2009. Il sera rejoint en 2014 par le Wuhan Open, second tournoi de cette catégorie à être mis en place en Asie.

Le tournoi de Tokyo, premier des tournois asiatiques
© – ATP Tour

Depuis le début du XXIème siècle, l’ATP Tour et le WTA Tour ont multiplié la création de tournoi en Chine, en Corée, en Thaïlande afin d’enfin mettre en place leur idée d’une véritable « tournée asiatique ». Depuis une petite dizaine d’années, on retrouve onze tournois féminins et cinq tournois masculins organisés en Asie. Malgré la différence criante entre le nombre de tournois masculins et féminins, les instances du tennis mondiales semblent avoir atteint leur objectif : intégrer l’Asie au circuit mondial.

Une tournée peu attrayante 

Certes, l’objectif est atteint, mais les instances du tennis mondial, et notamment l’ATP Tour, font face à un problème jamais rencontrés auparavant. En effet, les tournois proposés peinent à attirer les meilleurs joueurs et joueuses des circuits. Et ce depuis plusieurs années. En effet, les joueurs sont souvent peu intéressés par les tournois mis en place (hormis les ATP 500 et les Masters 1000) et préfère rester en Europe pour disputer d’autres tournois. 

Il faut dire aussi que l’organisation de cette tournée asiatique n’a pas vraiment de sens d’un point de vue calendrier. Organisée moins d’un mois après le dernier Grand Chelem de l’année, l’US Open, elle laisse peu de temps aux joueurs pour se reposer mais aussi se réacclimater aux conditions asiatiques, bien différentes de celles que peuvent rencontrer les joueurs aux Etats-Unis. 

Aujourd’hui, la tournée est encore moins attrayante avec la création, ces dernières années, de tournois d’exhibition comme la Laver Cup. Cette dernière, fondée par Roger Federer, se déroulait, cette année, une semaine avant les tournois ATP 500 de Tokyo et Pékin. Résultat, les joueurs arrivent fatigués sur ces tournois (tout de même prestigieux) et ne performent pas. Cette année, sur les douze joueurs qui avaient pris part à la Laver Cup et qui s’étaient rendus sur les tournois la semaine suivante, seuls quatre ont réussi à franchir le premier tour.

La Laver Cup prend de l’ampleur au niveau du tennis mondial notamment grâce à son format « style Ryder Cup » pour les amateurs de golf (Team World contre Team Europe), mais aussi parce qu’elle rassemble le gratin du tennis mondial dans une compétition spectaculaire au format inédit. Pour les joueurs, elle est attrayante, car elle permet de se mesurer aux meilleurs tout en s’amusant, et en récoltant un joli chèque. Le n°1 américain et 7ème joueur mondial, Taylor Fritz avait même affirmé mettre la Laver Cup dans la même catégorie que la traditionnelle Coupe Davis.

Les exhibitions s’ajoutent à un calendrier surchargé
©- Getty Images

Un public désintéressé 

Mais surtout ce qui ne fonctionne pas avec cette tournée asiatique, c’est le public. Et c’est une raison qui peut expliquer pourquoi les joueurs et joueuses sont si peu attirés par ces tournois. Si vous étiez devant vos écrans lors de la finale 100% tricolores du tournoi ATP 500 de Tokyo, ce qui vous a peut-être choqués, c’est de voir un stade à moitié vide. Pour une finale de tournoi ATP 500. Pour expliquer cette absence de public, il y a deux hypothèses dominantes.

Un stade à moitié vide lors du sacre d’Arthur Fils à Tokyo
© – AP

Tout d’abord celle du format choisi par l’ATP depuis la reprise des tournois asiatiques après la pandémie de Covid-19. En effet, pour la deuxième saison consécutive, les tournois asiatiques vont pour la plupart voir leurs finales être disputées en semaine. L’an dernier, les chroniqueurs de l’émission Dip Impact, diffusée sur Eurosport, et notamment Arnaud Di Pasquale, dernier médaillé olympique du tennis français, s’étaient plaint de cette nouvelle organisation. « Une finale ce n’est pas un mercredi » avait lancé le présentateur Laurent Vergne à propos de la finale du Masters 1000 de Shanghai. Une décision qui fait polémique dans le monde des médias, mais aussi pour les joueurs, qui voit cette tournée comme un enchaînement de moins en moins lisible.

La seconde raison, et surement la plus logique, c’est celle du manque d’intérêt pour le tennis en Asie et notamment en Chine. Cette année encore, on a pu voir que certains tournois attiraient plus de visiteurs que d’habitude. La raison ? La présence de plusieurs joueurs et joueuses chinois sur les courts. De quoi réveiller un peu les stades chinois, sûrement les plus silencieux du circuit. Déjà en 2016, on pouvait voir que les tournois asiatiques attiraient très peu. En particulier les jeunes, plus intéressés par d’autres sports comme le basket par exemple.

L’affluence au premier tour du tournoi de Guangzhou 2024
© – Master Tennis / X

Au tournoi de Hong Kong en 2016, France 2 avait pu recueillir les propos de Qiang Wang, joueuse chinoise, à l’époque 73ème joueuse mondiale. « En Chine, le tennis intéresse très peu car il y a très peu de promotion pour notre sport » affirmait-elle déjà. Son entraineur de l’époque, le Français Nicolas Stanisic expliquait cette absence de public par le fait que le tennis « soit très peu développé et un sport qui coûte cher ». Depuis, le développement du sport en Asie a connu quelques améliorations notamment grâce aux bonnes performances de joueurs et joueuses chinois sur le circuit comme Zhang Zhizhen chez les hommes (41ème mondial) mais surtout grâce à Qinwen Zheng (7ème joueuse au classement WTA et championne olympique à Paris cet été). La seule et unique éclaircie pour le tennis en Asie.

Qinwen Zheng, unique symbole du succès du tennis asiatique
© – NurPhoto

Malgré cela, la présence du public reste moindre comparée à l’importance de ces tournois. La volonté des instances mondiales de promouvoir le tennis en Asie reste réelle mais le manque de public prouve qu’elle n’est pas concluante.

Une multiplication de sites inutilisés

Enfin, le dernier problème que soulève la mise en place de cette tournée, et pas des moindres, est celui de la construction récurrente de nouveaux sites pour accueillir les compétitions. Des sites qui sont pour la plupart inutilisés le reste du temps. C’est le cas du Qi Zhong Stadium, construit en 2005, qui accueille le Masters 1000 de Shanghai. Depuis sa construction, le stade n’a été utilisé que pour une autre occasion : un match de basket entre Orlando et Cleveland en 2007. Pareil pour le tournoi de Zhuhai, abandonné cette année au profit de celui de Hangzou. Le Hengqin International Tennis Center, lieu où le tournoi se déroulait, a été construit en 2015 uniquement pour la mise en place du tournoi. Il est également utilisé pour certains autres événements comme les phases préliminaires de l’Open d’Australie, mais mis à part ça, le lieu reste vide la plupart du temps.

Le site de Zhuhai, uniquement utilisé pour le tournoi ATP
© – Chinyen Lu

En France, un lieu comme Roland-Garros est la plupart du temps utilisé, que ce soit pour des événements comme le Paris Major Premier Padel depuis trois ans maintenant ou encore par les jeunes de la Fédération Française de Tennis qui utilisent régulièrement les terres battues parisiennes. Ce qui est beaucoup moins envisageable pour les sites asiatiques au vu de l’intérêt peu important que les communautés asiatiques, qu’elles soient jeunes ou non, portent à ce sport.

C’est un problème important d’autant plus lorsque l’on connait les conditions dans lesquelles ces bâtiments ont été créés et notamment les conditions dans lesquelles les ouvriers et travailleurs asiatiques vivent.

Tout cela pose de nombreuses questions sur les raisons pour lesquelles cette tournée reste programmée à cette période de l’année, voire même pourquoi elle ne disparait pas à la vue du peu d’intérêt qu’elle crée. Au final, l’ATP et le WTA récupère un gros pactole alors que les communautés de fans de tennis ne sont pas heureuses avec cette tournée et en cherchent encore, plusieurs décénnies après la création de cette dernière, un quelconque intérêt.

Maxime PAULIN

©- Xu Yanan / Xinhua / AFP

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