À l’approche de la sortie de la cinquième saison de J’irai dormir chez moi, son réalisateur, Robin Aussenac, et le surfeur Ian Fontaine, se livrent sur le surf, le travail de l’image, sans oublier bien sûr, la Bretagne.

L’image au service du surf

En remontant dans le temps, on retrouve les premières vidéos de Ian Fontaine, où son caractère transparaît déjà. L’une des plus anciennes, « body riviére 29 hood », sortie sur Youtube le 5 février 2008, en est un bon exemple. « Ça nous faisait marrer avec Gaspard (Larsonneur) et Hugo (Cornec). On passait toujours devant cette rivière. Il y avait des minis vagues, donc on a posé la caméra. »

Cela fait donc longtemps que le Finistérien observe son surf en image. « Le surf est un sport très gestuel. Tu as besoin d’avoir une idée de ce que représente ton surf pour pouvoir progresser. En Bretagne, on n’avait pas d’entraîneur d’un point de vue compétition. Donc on s’est entraînés seuls. Pour travailler notre surf, on s’est appuyés sur les vidéos et on s’est corrigés entre nous. Sans la vidéo, on n’aurait pas pu faire ça. »

Extrait de J’irai dormir chez moi saison 2 / Robin Aussenac

Aujourd’hui, l’image a pris une place très importante dans le monde professionnel. Pour certains sponsors, les images sont parfois plus recherchées que l’aspect compétition. « Chez les jeunes, c’est hyper important d’avoir la balance des deux, même si ça reste très important de passer par les écoles, les clubs et les centres de formation. C’est compliqué de se faire une place sans passer par ces structures. Mais à l’inverse, c’est aussi compliqué d’aller chercher des sponsors si tu n’as pas ce côté image. » 

Au fil des saisons, les jeunes, tels que Gabriel Abiven, Malo Jouanneau et Louka Tirilly, embarquent pour les aventures. « Pour moi, c’est important de redonner ce qu’on m’a donné quand j’étais kid. Des gars comme Thomas Joncour et l’époque Kanabeach m’ont beaucoup apporté. Ce côté intergénérationnel c’est vraiment important pour moi. Je me marre trop à voir les jeunes grandir, explique Ian Fontaine avant d’ajouter : Théo et Titouan, c’est pareil, je les connais depuis petits. Quand il était kid, Titouan mettait son jogging sous sa combinaison pour avoir plus chaud. Vivre ces moments ensemble, c’est comme des grandes réunions de famille. »

Extrait de J’irai dormir chez moi saison 1 / Photo : Robin Aussenac

L’image est devenue un enjeu crucial, et le rôle du filmmaker essentiel, dans la reconnaissance d’un surfeur. Cependant, filmer le surf, c’est aussi gérer une pression constante : celle de ne pas rater de vague. Et le risque zéro n’existe pas. « C’est impossible de ne louper aucune vague. Une fois, j’ai raté une très bonne vague de Gaspard (Larsonneur). J’étais en train de changer de batterie quand il l’a prise. Je n’ai malheureusement pu que la voir. Mais cette vague m’a fait apprendre. J’ai progressé depuis pour optimiser ma méthode de travail et réduire les risques au maximum. »

Malgré toute la préparation, certains imprévus restent incontrôlables. « En Irlande, l’année dernière, je m’étais mis dans un champ pour filmer. Au début de la session, il n’y avait personne, mais des vaches sont arrivées du champ d’à côté. À un moment donné, elles se sont approchées et m’ont chargé. J’ai dû partir en courant et j’ai raté une vague de Ian. Il a su me le rappeler après ! » rigole Robin Aussenac. 

Une harmonie entre surfeur et filmmaker

Les films de surf sont le point de convergence entre l’univers du surfeur et celui du filmmaker. Si leurs visions se rejoignent sur certains points, elles peuvent diverger et se compléter sur d’autres. Cela amène les univers à se mélanger. Sur l’aspect performance, Robin laisse la sélection au surfeur. « Pour eux, le critère numéro un, c’est l’aspect technique. C’est tout à fait normal car c’est ce qu’ils produisent en tant que surfeur. Il faut respecter ça je pense. » En revanche, les images d’ambiance sont le terrain de créativité des filmmakers. « Je cherche à allier le côté performance et les belles images, avec des images naturelles pour mettre en valeur le surf ou la beauté d’un paysage. »

Extrait de J’irai dormir chez moi saison 4 / Photo : Robin Aussenac

Ce dialogue entre surfeur et réalisateur implique parfois des compromis. Lors de la saison 1, Ian appréciait ajouter des animations et incrustations. « J’avoue que les animations et petits fonds verts j’adore ça, ça me fait marrer », avoue-t-il. « Mais ce n’est peut-être pas le format le plus adéquat pour le faire. » Finalement, surfeur et filmmaker ont décidé de privilégier les moments capturés plutôt que les ajouts en post-production, pour le bien du rythme et de la narration. « L’humour de l’équipe et les personnalités de chacun étaient plus à valoriser. Ce qui fait la différence dans ce projet, c’est d’avoir une bande de copains authentiques », souligne Robin. « Ça a été un travail sur le tournage et moins sur le post-montage », ajoute Ian.

Extrait de J’irai dormir chez moi saison 1 / Photo : Robin Aussenac

Quand la musique sublime l’image

Dans ce mélange harmonique entre surfeur et filmmaker, la musique constitue un pilier. Son mode de sélection varie selon les équipes. Concernant J’irai dormir chez moi, le choix revient au surfeur bigouden.  « C’est Ian qui a la patte musicale. Je lui demande de rassembler des musiques par thèmes, car je sais pour quelles utilisations je vais en avoir besoin. Les musiques qu’il propose font partie intégrante de l’identité de la série. Il ajoute : Ce n’est pas la première saison de J’irai dormir chez moi, ce n’est pas le premier clip de surf sur lequel il est impliqué, il a cette expérience pour se projeter dans son choix musical. »

« C’est un peu particulier mais ça fonctionne. On se comprend. J’essaye toujours de choisir des musiques qui vont bien avec l’image, qui peuvent aussi faire marrer, et qui ont des rythmes un peu différents. Il y a souvent des références qui vont avec. C’est mon petit moment de liberté sur le montage. Je peux choisir les moments où ça pète. C’est hyper plaisant », avoue Ian Fontaine. 

Mais la musique est bien plus qu’une bande son, elle fait partie intégrante de la vie d’un surfeur. « Quand les surfeurs écoutent de la musique dans la vie de tous les jours, c’est une musique qui collerait bien dans une part’ de surf. » remarque Robin. Pour Ian, la musique est essentielle dans son surf, ne serait-ce que pour se motiver pour aller à l’eau. « Je pense que ça va avec l’océan. La vague qui déroule a toujours un début, un milieu et une fin. Ça me fait vraiment vibrer depuis que je suis kid. Dans les part’ de surf, tu te rappelles toujours des musiques. » 

La bande-son d’un projet est souvent le reflet du voyage et des souvenirs partagés. « Souvent, ce sont des musiques qu’on écoute pendant le trip, ou que les gars me font écouter. Il y a tout le temps de la musique qui tourne. Titouan et Théo ont une culture musicale assez cool et parfois différente de ce que je peux écouter, donc on s’échange des musiques. »

Robin Verrier

© – Extrait de J’irai dormir chez moi saison 3 / Photo : Robin Aussenac

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