Spectaculaire, rapide, festif… le beach handball ne laisse personne indifférent. Né il y a un peu plus de trente ans sur une plage italienne, ce sport longtemps perçu comme un divertissement d’été, revendique aujourd’hui un statut de discipline à part entière. Entre formats innovants, ambiance unique et témoignages de passionnés, plongée dans un univers qui rêve désormais d’Olympisme.
Des débuts modestes sur une île italienne
Le 20 juin 1992, sur l’île de Ponza, en Italie, Gianni Buttarelli et Franco Schiano lancent un pari un peu fou : adapter le handball aux plages, dans une version plus ludique et accessible. Leur idée : un terrain réduit, du sable, un rythme plus court, et un système de points favorisant les gestes spectaculaires.
Dès cette année-là, un premier tournoi test réunit des clubs transalpins et russes, suscitant l’intérêt de la Fédération italienne qui crée un comité dédié. En 1993, Rome accueille un tournoi international, puis en 1994, la Fédération internationale de handball (IHF) officialise la discipline et en fixe les règles.
Les années 2000 marquent le passage à la vitesse supérieure : premier championnat d’Europe à Gaète (Italie) en 2000, premier championnat du monde en Égypte en 2003… Depuis, Europe et Mondiaux s’alternent chaque année. La France, elle, engage officiellement des équipes depuis 2016, tandis que des nations comme la Grèce, l’Allemagne, le Brésil, la Norvège, la Hongrie ou l’Espagne imposent leur domination.
Un jeu conçu pour le show
Deux mi-temps de dix minutes, une pause de cinq minutes, des manches indépendantes et, en cas d’égalité, un « shoot-out » spectaculaire : le format du beach handball casse les codes du handball traditionnel.
Chaque but vaut un point, sauf les gestes spectaculaires — kung-fu, tir à 360°, but du gardien, jet de six mètres — qui rapportent deux points. De quoi inciter les joueurs à multiplier les actions acrobatiques. Le jeu se pratique avec un surnombre offensif permanent (quatre attaquants contre trois défenseurs) et bannit le contact physique.
Clément du compte spécialisé La Roucoulette, acteur actif de la promotion de la discipline en France, résume : « Ce ne sont pas les mêmes règles, pas le même terrain, la même surface. Tout est différent sauf le fait qu’on doit marquer un but avec la main. […] C’est un sport dynamique où le contact n’est pas autorisé et sanctionné sévèrement : pas de carton jaune, mais des bras cassés qui peuvent engendrer un carton rouge. »

© – Saha Pahic Szabo Kolektiff – EHF
Il insiste aussi sur l’importance de la réflexion et de la stratégie « Il faut beaucoup réfléchir avec sa tête, avoir une maturité sportive pour contrôler ses émotions. Les stratégies d’attaques et de défenses sont multiples, les choix de compositions entre attaquants, défenseurs ou « runners » (joueurs polyvalents) font la richesse de ce sport. »
Au-delà de l’aspect technique, le beach handball séduit par son atmosphère festive. Joué en plein air, souvent sur des plages ensoleillées, il se dispute sur fond de musique, avec le public à quelques mètres seulement des joueurs.
La Roucoulette ne cache pas son enthousiasme, « C’est un sport qui a un bel avenir vu que c’est en plein air, avec de la musique, un format rapide et divertissant. Préparez-vous à voir ce sport devenir plus populaire que le hand d’ici dix ans. »
Le haut niveau : l’exemple du Championnat d’Europe 2025
L’édition 2025, disputée à Alanya (Turquie) a confirmé l’essor de la discipline. Plus de 1,5 million de spectateurs l’ont suivie en ligne.
Chez les femmes, l’Espagne a remporté son premier titre continental après trois médailles de bronze consécutives, battant la Norvège en finale à l’issue d’un shoot-out haletant.
Chez les hommes, l’Allemagne a pris sa revanche sur l’Espagne, un an après sa défaite en finale, pour décrocher son premier titre.
Les meilleurs marqueurs du tournoi ont été la Néerlandaise Meike Kruijer et le Croate Lucian Bura. Les équipes de France, elles, progressent : cinquième chez les hommes, huitième chez les femmes.
Aux États-Unis, un sport à faire découvrir
Dans certains pays, la bataille commence à un stade encore plus basique : faire connaître le beach handball. Katie Timmerman, joueuse de l’équipe nationale américaine, illustre cette réalité : « J’ai commencé en 2023 après mon tournoi universitaire de basket-ball. J’ai été invitée à un camp à Los Angeles, et quelques mois plus tard, je jouais les qualifications NORCA et Pan Am 2nd chance1. Puis j’ai fait une pause pour jouer au basket en Corée du Sud, avant de reprendre le handball en avril dernier. »
Son constat est clair : « La plupart des gens à qui je parle n’ont jamais entendu parler du handball de plage, et seuls quelques-uns connaissent le handball en salle. Mais tous ceux qui le découvrent adorent. Il y a encore beaucoup de marge de progression, et cela commence par la promotion de ce sport. »

© – Katie Timmerman
Pour elle, la clé est dans la visibilité et les partenariats : « Nous pourrons nouer des partenariats avec des marques et des entreprises pour développer le handball à l’échelle nationale. Je suis convaincue que ce sport peut devenir très populaire. »
En France, entre structuration et montée en puissance
Environ 10 000 pratiquants réguliers sont recensés dans l’Hexagone. Une centaine de clubs participent chaque année aux tournois ou au championnat de France, organisé par la Fédération. Le Beach Handball Tour attire des milliers de spectateurs chaque été dans les stations balnéaires, initiant un public jeune et élargissant la base de pratiquants.
Vers un avenir olympique
Après une première apparition aux Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2018, le beach handball vise une place aux Jeux Olympiques seniors. Sa formule courte, son côté spectaculaire et la simplicité d’organisation de ses terrains en font un candidat sérieux.
Porté par son format rapide, ses gestes spectaculaires et une ambiance unique, le beach handball semble avoir trouvé la recette pour séduire un public toujours plus large. S’il reste encore du chemin à parcourir pour égaler la notoriété de son homologue en salle, sa progression constante et son attractivité en font un sérieux prétendant aux grandes scènes sportives mondiales.
Avec l’horizon olympique en ligne de mire, ce sport né sur une plage italienne pourrait bientôt écrire une nouvelle page de son histoire… peut-être sur le sable des Jeux.
- Tournoi de la dernière chance pour se qualifier aux jeux panaméricains ↩︎
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