À 40 ans, la vie de Quentin Fourdrigner a été bouleversée, lorsqu’il a été fauché dans un accident de la route, lui valant l’amputation de sa jambe gauche. Sept mois après l’opération, depuis son centre de rééducation, il rêve de Los Angeles, la ville hôte des prochains Jeux Paralympiques, en 2028.
Souvenir d’une époque révolue, Quentin porte le jour de l’interview, le maillot de son ancienne équipe de hockey sur gazon, l’équipe de France des plus de 40 ans. Depuis son opération fin février 2025, il loge à l’Espoir Centre, un établissement de rééducation et de réadaptation de la métropole lilloise. Un centre de 228 places, dans lequel lui et d’autres personnes handicapées se préparent à revenir à une vie autonome. Le quadragénaire, féru de sport, tire profit des nombreuses installations (gymnase, salle de musculation, piscine) dans sa quête de ré-athlétisation. Les tests de nouveaux équipements sportifs rythment désormais ses journées. L’accident que Quentin a subi est dorénavant loin derrière lui, malgré les efforts qu’il doit encore fournir pour retrouver une vie normale.

© – Quentin Fourdrigner
Trouver une motivation après ce « choc énorme »
Le 12 février 2025, le natif du Touquet-Paris-Plage est fauché par une voiture. Il n’a pas perdu connaissance et se revoit voler à plusieurs mètres de son scooter. « J’ai levé la tête, j’ai tout de suite compris que c’était foutu » : sa jambe ne répond plus. Quelques heures après l’accident, le mot amputation est prononcé, « je me prends une enclume sur la tronche, un choc énorme. » Forcément, il refuse de l’accepter, malgré le discours positiviste des médecins. Sa jambe gauche subit une amputation transtibiale, l’opération la plus courante pour les cas d’amputation des membres inférieurs. Selon « Scansanté.fr », plus de 11 500 amputations des membres inférieurs ont été effectués en moyenne, en France entre 2011 et 2020.
Son mental et son caractère de battant – « C’est parfois une force, même si je suis un peu têtu » – lui ont permis de très vite relever la tête. « C’est beaucoup de doutes, et donc de la remise en question. C’est comme si j’étais né une deuxième fois, mais pas de la bonne manière. » Le nouveau Quentin est désormais confronté directement aux regards des autres, il appréhende encore quelque peu d’exhiber sa cicatrice aux yeux de tous. « À la plage ou à la piscine, je ne sais pas encore comment je vais me sentir, je n’ai pas envie de choquer. » Malgré cela, il refuse de ne pas être acteur de sa vie, « c’est le combustible de ma mise en mouvement. »
Depuis quelques mois, Quentin est devenu adhérent de l’association Comme les autres. Elle propose un accompagnement social dynamisé par le sport et les sensations fortes aux personnes devenues handicapées. « Ils ont compris que j’étais mordu de sport […] on a sauté en parachute, fais du handbike, du golf… des expériences géniales ! »
Un équilibre de vie bouleversé
Le Pas-de-Calaisien a construit son enfance sur la pratique du sport. « J’ai tout fait : football, athlétisme, tir à l’arc, équitation… » Vers ses 10 ans, il tombe par hasard sur le hockey sur gazon. Il passe en grandissant par le championnat de France élite, au plus haut niveau national, « mais sans devenir professionnel, car le sport ne le permet pas. » Parallèlement, Quentin Fourdrigner intègre l’armée et devient sous-officier. Il poursuit sa carrière professionnelle et devient cadre dans une entreprise française de numériques, toujours dans les Hauts-de-France.
Sollicité pour rejoindre l’équipe de France de plus 35 ans en 2020, il saute sur l’occasion, et passe également par celle des plus de 40 ans. Le sourire aux lèvres, Quentin raconte les expériences sportives et humaines qu’il a vécu avec ces équipes de France Masters. De la coupe d’Europe à Nottingham (Angleterre) à la coupe du monde à Cap Town (Afrique du Sud), il qualifie cela comme « des souvenirs de dingues. » Jusqu’à l’accident, il n’avait jamais lâché la crosse. « L’équilibre que j’avais auparavant s’est un peu fragilisé. »

© – Espoir Centre
« Mon rêve ? C’est les paralympiques ! »
Depuis le centre de l’Espoir, Quentin découvre de nouvelles pratiques sportives, à l’instar du basket fauteuil. « J’ai aussi eu la chance de pouvoir faire des essais avec l’équipe de volley assis de Villeneuve d’Ascq. C’est super fun, les membres de l’équipe ont été géniaux ! » Avec sa prothèse, il a pu s’exercer sur des courts de tennis et de badminton, cette fois-ci debout, ou encore grimper sur un mur d’escalade. Bientôt, il aura accès à une lame de course, un objet plein de technologie, « mais qui prend de longs mois à complètement maîtriser. »
Quentin Fourdrigner ne s’en cache pas, il vise la performance. « Si j’ai la moindre petite opportunité, j’y vais à 10 000 %. Je donne tout, j’arrache tout ce qu’il faut, mais j’y vais à fond ! » Avec le Comité Paralympique, il réalisera dans les mois qui viennent des tests de performances afin de trouver les sports de haut niveau qui lui correspondent le mieux, pour ensuite se lancer pleinement dans une discipline. Il le sait, « le chemin risque d’être très compliqué », mais rien ne démotivera Quentin. Lorsqu’on lui demande quel est son rêve, un sourire se dessine sur son visage : « C’est une des premières questions que les accompagnants m’ont posé. Mon rêve c’est d’aller aux Paralympiques, c’est Los Angeles 2028. »
Pour y arriver, la performance n’est pas la seule clé. Ainsi, trouver un sponsor ou une aide financière est un passage obligatoire dans sa quête paralympique. « Le faire dans mon coin, c’est inaccessible », une lame de course représente en moyenne une dizaine de milliers d’euros, un facteur d’inégalité très décrié dans le handisport. Soutenu par son employeur autant humainement que sur le plan du travail, il dispose d’un arrêt maladie prolongé, « C’est un confort pour moi de savoir que ma sphère professionnelle reste stable. » Quentin peut également compter sur son entourage, à l’image de son ancienne équipe de hockey sur gazon qui a organisé une cagnotte en ligne. Mais la route est encore longue, trois années de travail acharné, avec un objectif affiché : Los Angeles 2028.
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