Le 17 septembre dernier, Adam Silver, le commissionnaire de la NBA, la ligue de basketball nord-américaine, a annoncé qu’il ambitionnait le lancement d’une ligue européenne affiliée à la NBA, d’ici 2028. Une déclaration qui fait suite aux propos du président de la FIBA (Fédération Internationale de Basketball) Europe, qui souhaite lui aussi lancer le projet NBA sur le Vieux Continent.
Un modèle similaire à celui de l’Euroleague
Pour démarrer, la NBA souhaiterait installer 16 équipes dont 12 permanentes, avant d’envisager pourquoi pas une expansion. Un modèle qui rappelle celui de LA grande ligue de basket européen, l’Euroleague1. Pour concurrencer la compétition déjà en place, la NBA vise des gros marchés européens, selon le journaliste sportif Abdellah Boulma. Des villes comme Paris, Londres, Rome ou Istanbul seraient concernées, avec un processus d’attribution qui débuterait en octobre 2025. Chaque équipe souhaitant participer au projet devra débourser la modique somme de 500 millions de dollars, explique le journaliste. La porte est donc ouverte à des investissements de fonds étrangers, comme Qatar Sports Investments (propriétaire majoritaire du PSG en football) et d’autres capitaux venus du Golfe ou des Etats-Unis.
Jorge Garbajosa, président de la FIBA Europe, est optimiste quant à un lancement d’ici 2027. Il assure que la FIBA soutiendra le projet, puisque les règles FIBA2 (la plus importante étant la durée des matchs : 4 quarts temps de 10 minutes en FIBA, contre 4 quarts temps de 12 minutes en NBA) seraient utilisées. Adam Silver est moins ambitieux quant à la date de lancement, mais « aimerait ne pas aller au-delà de 2028 ». Il estime également que c’est « maintenant pour réaliser un tel projet ». Pour ce qui est de la composition des équipes, le modèle n’est pas encore établi, mais le commissionnaire de la NBA souhaite un championnat équilibré, où chaque équipe aurait une chance de prétendre à la victoire finale. Un salary cap (budget alloué aux salaires des joueurs, à ne pas dépasser sous peine de sanctions) pourrait être mis en place, mais rien de concret pour l’instant. Idem pour la draft, l’un des symboles de la NBA, qui consiste à sélectionner les meilleurs jeunes joueurs du monde.

© – FIBA
Les diffuseurs, ainsi que les joueurs pourraient voir ce projet d’un bon oeil, puisque le basket européen bénéficierait enfin d’un marketing à la hauteur, avec un système de promotion similaire à celui en place outre-Atlantique. Les droits TV pourraient exploser, ce qui garantirait de meilleures retombées économiques, pour les équipes, les sponsors, ainsi que pour les joueurs, qui verraient leur salaire augmenter drastiquement. Les spectateurs y trouveraient également leurs comptes puisqu’Adam Silver n’a pas exclu l’idée que des équipes NBA viennent jouer des matchs face à des équipes européennes, notamment dans le cadre de la NBA Cup, une compétition qui se déroule en plein milieu de la saison régulière.
Rapprochement Europe/NBA depuis 2019/2020
Depuis une petite dizaine d’années, les européens entretiennent un lien particulièrement étroit avec la Grande Ligue, qui voit chaque année son nombre de joueurs étrangers (hors-USA) croître. La France montre très bien qu’aujourd’hui, le basketball n’est plus un monopole étatsunien. 19 Français auront l’opportunité de fouler les parquets de la NBA la saison prochaine, un record tricolore. Les performances des pays européens lors des dernières compétitions internationales remettent également en cause l’hégémonie américaine : l’Allemagne championne du monde en 2023 ; la Serbie, vice-championne du monde en 2023, et médaillée de bronze à Paris lors des derniers Jeux, et la France, double vice-championne olympique3.
En plus de s’affirmer lors des compétitions internationales, les Européens dominent en NBA. 3 des 5 meilleurs joueurs au monde sont européens : le Serbe Nikola Jokic a remporté le titre de Most Valuable Player (MVP, meilleur joueur de la NBA) à 3 reprises depuis 2021 et le titre de MVP des Finales en 2023. Le Grec Giannis Antetokounmpo, double MVP en 2019 et en 2020, et MVP des Finales en 2021. Et le Slovène Luka Doncic, finaliste NBA en 2024. La domination européenne s’affirme également à travers la draft. Les Français Victor Wembanyama et Zaccharie Risacher ont tous les deux été choisis en première position en 2023 et 2024, du jamais vu en NBA en près de 80 ans d’existence.
La NBA entretien ces relations depuis plusieurs décennies. La ligue nord-américaine organisait déjà des matchs en Europe dans les années 1990, et notamment à Paris, avec les Chicago Bulls de Michael Jordan, ou les Los Angeles Lakers de Magic Johnson. Les premiers matchs de saison régulière en Europe n’ont eu lieu que dans les années 2000, bien après le Japon qui avait déjà accueilli une douzaine de matchs de saison régulière. Adam Silver s’est lancé à la conquête de la France à partir de 2020, en organisant pour la première fois en France un match de saison régulière4. Depuis 2023, l’Europe a accueilli chaque année un ou plusieurs matchs, et ce sera le cas au moins jusqu’en 2028 (Londres, Berlin, Manchester et Paris). Les rapprochements entre joueurs NBA et institutions sportives européennes sont un tremplin pour la NBA en Europe. LeBron James est actionnaire minoritaire du Liverpool FC, idem pour Kevin Durant avec le Paris Saint-Germain. Certains anciens joueurs NBA européens sont très favorables à l’arrivée de la NBA en Europe, avec Tony Parker (propriétaire de l’ASVEL5) en figure de proue.
Quid du basket européen ?
Cependant, ce projet fait face à des nombreuses interrogations, notamment sur l’avenir du basket européen. Dans un entretien accordé au Parisien, Phillipe Ausseur, président de la Ligue Nationale de Basketball affirme que « ça va se faire pour la NBA en Europe », mais qu’il se demande désormais « quand elle arrivera et comment ? ». L’idée d’Adam Silver pourrait être d’incorporer des équipes d’Euroleague, au sein même de la nouvelle ligue. La NBA s’est déjà tournée vers des équipes d’Euroleague, disposant également d’une équipe de football, comme le Bayern Munich, le FC Barcelone ou encore le Real Madrid.
Mais, la question se pose aussi pour les fans européens, qui sont pour la plupart très attachés à l’Euroleague, notamment dans les Balkans. Les rivalités, ainsi que les ambiances uniques, que ce soit en Turquie, en Serbie, ou même en Grèce (qui avait impressionné Kevin Durant en 2022) seraient potentiellement amener à disparaître. L’Euroleague ne pourrait vraisemblablement pas rivaliser avec la concurrence de la NBA, qui avait déjà contraint une autre ligue de fusionner avec elle. C’était en 1976 avec l’American Basketball Association (ABA). Malgré ça, un scénario positif (mais peu probable) n’est pas à exclure. Certains dirigeants d’Euroleague (ceux du Paris Basketball notamment) pensent que la nouvelle ligue entraînera forcément la fin de l’Euroleague, ou en tout cas une dévalorisation de celle-ci.

© – Manuel Vitali
Et pour les joueurs et les championnats nationaux ? Les championnats nationaux, qui se disputent normalement en parallèle des compétitions européennes, pourraient potentiellement perdre en attractivité également. Même si rien n’a été annoncé, il est envisageable que les équipes de la « NBA Europe » ne disputent pas les championnats nationaux. Le manque à gagner pourrait être gigantesque pour l’ensemble des ligues du Vieux Continent, qui verraient leurs équipes phares se tourner vers un projet plus ambitieux et plus rentable. Les joueurs, et notamment les jeunes européens, verraient (logiquement) moins d’intérêt à rester dans une ligue avec un ‘bas niveau’, et pourraient se tourner à terme vers les universités américaines, qui séduisent de plus en plus. D’autant plus que la rémunération des athlètes universitaires, à partir de cette année, pourrait encourager les jeunes à faire le pas.
- Ligue fermée avec 20 équipes, dont 13 disposant d’une licence longue durée. ↩︎
- Les règles NBA diffèrent de celles de la FIBA sur certains points, mais restent néanmoins très similaires. ↩︎
- Deux défaites face aux Etats-Unis en finale, à Tokyo en 2021, et à Paris en 2024. ↩︎
- Match qui opposait les Milwaukee Bucks du MVP en titre (Giannis Antetokounmpo) aux Charlotte Hornets du Français Nicolas Batum. ↩︎
- Association Sportive de Villeurbane Eveil Lyonnais. 21 titres de champions de France, un record. ↩︎






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