Tandis que les professionnels se font la guerre sur les pavés cabossés de Paris-Roubaix, les U19 et U23 ont également eu le droit à leur Enfer du Nord un peu plus tôt dans la journée de dimanche. Tout comme les Élites, ils traversent les différents secteurs, d’une extrême violence parfois, pour tenter d’accrocher le Graal et de lever les bras au vélodrome de Roubaix. Chez les Juniors, c’est le Néerlandais Michiel Mouris qui s’est imposé, tandis que chez les Espoirs, Albert Philipsen a franchi la ligne en première position, juste devant son équipier Jakob Söderqvist.

Des Français à l’honneur chez les Juniors

Il a fallu attendre le mythique secteur pavé de Mons-en-Pévèle pour que la course junior se décante. Dans ce secteur boueux, treize coureurs ont réussi à faire la différence. Parmi eux, quatre de l’équipe Grenke Auto Eder, dont un certain Michiel Mouris. Le champion d’Europe de contre-la-montre était sur un terrain parfait pour exprimer sa puissance.

Michiel Mouris, seul en tête à l’entrée du vélodrome de Roubaix
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Dans ce groupe de tête, trois Français étaient présents, dont Alban Picard (Groupama-FDJ U19) et Arthur Alexandre (France) qui décident de se détacher de leurs concurrents. « A 40 km de l’arrivée je sors tout seul avant de me faire rejoindre par Arthur Alexandre » raconte Alban Picard avant de continuer : « on s’est pas mal relayé. À l’entrée du Carrefour de l’Arbre, il chute, donc je n’ai pas pris de risques. » Il est finalement repris à l’issue de ce secteur pavé, considéré comme étant le plus dur par la plupart des coureurs, avant d’être distancé à 4 km du but, dans le dernier faux plat du parcours. Il termine finalement septième, avec le trophée John Degenkolb en prime, qui désigne le coureur qui a fait la meilleure impression.

À la flamme rouge, ils sont six à pouvoir encore s’imposer. Pourtant, dans le dernier secteur pavé, considéré comme « facile », Michiel Mouris se détache et entre seul dans un vélodrome déjà gonflé à bloc. Il s’impose en solitaire devant l’Américain Ashlin Barry et le Biélorusse Mikita Babovich. « J’étais complètement vidé, mais on était deux dans la même équipe dans le groupe de sept. J’ai fait un petit écart et à partir de ce moment-là, j’étais à fond jusqu’à l’arrivée » témoigne le Néerlandais. « J’ai essayé de sortir à 10 km, mais je n’ai pas réussi, et quand j’ai vu que j’avais fait le trou dans le dernier kilomètre, je n’ai pas hésité. C’est fou, c’était un très gros objectif, je suis tellement heureux. »

Coup double pour Lidl-Trek en U23

« C’était, un jour, spécial » exprimait Albert Philipsen après l’arrivée, les yeux rouges, qui témoignent sa fatigue et son émotion. Quatrième l’année passée chez les Juniors après avoir été repris dans le vélodrome, le Danois a pris sa revanche cette année en s’imposant au terme d’un scénario fou.

La joie d’Albert Philipsen et Jakob Söderqvist lors de leur victoire sur la course U23
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Dès les premiers mètres, les attaques se sont succédées, les chutes aussi. Les quelques rayons de soleil n’ont pas permis aux pavés détrempés de sécher, d’autant plus que des punaises ont été retrouvées éparpillées sur le parcours. Parmi les victimes de l’Enfer du Nord, Albert Philipsen, mais aussi Eliott Boulet qui témoigne : « Ça frottait beaucoup, je suis tombé deux fois. Les deux fois, je me suis mis à bloc pour rentrer. »

A une vingtaine de kilomètres de la ligne d’arrivée, Albert Philipsen, bien remis de sa chute, décide d’accélérer et parvient à prendre une dizaine de secondes d’avance. L’ancien vainqueur de l’Ain Bugey Valromey Tour achève ensuite le secteur du Carrefour de l’Arbre sans problème, au contraire du groupe de poursuivants touchés par plusieurs chutes. L’homme de tête est finalement rejoint par son équipier Jakob Söderqvist. Ensemble, les deux Scandinaves conservent leur avance et remporte Paris-Roubaix U23 main dans la main, devant Senna Remijn, troisième. « C’est spécial de gagner une course comme cella-là, encore plus quand on peut partager l’émotion avec un équipier », confie le vainqueur avant de surenchérir : « c’est la première course où l’on a vraiment cette ambiance de folie. Cela rend l’expérience encore plus agréable. » Émotions partagées pour son équipier : « c’est quelque chose d’énorme. Cette classique est différente des autres. »

L’Enfer du Nord

« Paris-Roubaix, c’est une atmosphère particulière » raconte Eliott Drouet. Touché par deux chutes et un problème mécanique, le Français décrit le chaos de la course. « Je ne savais pas ce qu’il se passait, je ne savais pas que je jouais le top 5. J’ai eu beaucoup de malchance. » Tout au long de la course, les pneus éclatent, les coureurs tombent, les os se cassent, la foule hurle. Dans le vacarme de l’Enfer du Nord, tout le monde subit la course. « On développe de l’amour et de la haine pour cette course » explique Albert Philipsen. Alors que les coureuses de Paris-Roubaix Femmes ont eu le droit à un grand soleil tout au long de leur course samedi, leurs homologues masculins ont eu le droit à une pluie matinale, de quoi transformer les secteurs pavés en patinoire. « Les pavés étaient mouillés, il y avait de la boue, j’ai glissé plusieurs fois » témoigne Ashlin Barry, deuxième de la course U19. Une idée partagée par Alban Picard, septième : « c’était assez dangereux. Il y avait quelques secteurs où c’était un chantier monumental. Sur Mons-en-Pévèle, ça n’a fait que tomber. »

Paris-Roubaix peut rapidement se transformer en véritable enfer pour les coureurs qui chutent © – titzz.pics

Pourtant, malgré toutes les difficultés rencontrées et la douleur omniprésente dans le corps de chacun, une seule phrase sort de la bouche de chacun : « je reviendrai. »

Adrien Débias Saïd

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2 réponses à « Sport en Nord : Paris-Roubaix vu par les U19 et U23 : « c’est une atmosphère particulière » »

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