Ce samedi 20 septembre, Lens s’est imposé 3-0 à domicile face au LOSC dans l’un des plus gros derby de France. Bien plus qu’une rivalité sportive, le duel entre Lille et Lens plonge ses racines dans l’histoire douloureuse du nord de la France. Des villes marquées différemment par les deux guerres mondiales, deux trajectoires sociales et deux fiertés locales qui s’entrechoquent encore aujourd’hui, dans l’un des matchs les plus intenses de France. Quand on évoque le derby du Nord, on pense immédiatement aux tifos, aux chants des « Dogues » et des « Sang et Or », la ferveur qui déborde des tribunes. Pourtant, derrière la passion sportive, il existe une histoire bien plus profonde : celle d’un derby façonné par les guerres du XXe siècle.
Lens, ville rasée et reconstruite autour de son club
Lens a payé un prix terrible pendant les conflits mondiaux. Durant la Première Guerre mondiale, la ville est détruite à près de 80 %. Les galeries minières, dynamitées ou inondées ont paralysé toutes activités économiques. Dans ce paysage de ruines, le Racing Club de Lens devient plus qu’un simple club de football : il incarne un symbole de renaissance.
Inauguré en 1933, le stade Bollaert-Delelis est construit comme une cathédrale laïque, capable d’accueillir toute une population meurtrie qui cherche des repères. Quand les Lensois viennent au stade, ils ne soutiennent pas seulement une équipe : ils affirment qu’après les tranchées et la poussière des mines, la vie continue. La Seconde Guerre mondiale n’épargne pas davantage le bassin minier. Les bombardements frappent une nouvelle fois durement la ville, et le club, ainsi que son stade, restent un point de ralliement, un lieu où se cultive la fierté ouvrière.

© – SoFOOT
Lille, métropole résistante mais préservée
À trente kilomètres de là, Lille vit un autre destin. En effet, occupée, bombardée, la ville subit elle aussi la guerre, mais conserve une structure urbaine et une économie textile qui facilitent sa reconstruction.
En 1944, au sortir du conflit, le LOSC naît de la fusion de deux clubs lillois (l’Olympique Lillois et le SC Fives). Là où Lens a fait de son club le reflet d’un peuple marqué par l’adversité, Lille inscrit son équipe dans la dynamique d’une métropole ambitieuse, tournée vers l’avenir et le rayonnement régional.

© – ConstruirAcier
Deux mémoires, une rivalité
C’est de ce contraste que naît la rivalité. Lens porte la mémoire des mineurs, des familles marquées par les guerres et par le travail. Lille incarne une ville plus bourgeoise, qui se veut vitrine moderne du nord de la France.
Dès lors, chaque confrontation dépasse le terrain : elle oppose deux manières de se reconstruire, deux héritages, deux fiertés. Pour les Lensois, battre Lille, c’est rappeler que le peuple peut triompher de la grande ville. Pour les Lillois, dominer Lens, c’est affirmer leur statut de capitale régionale.

© – Le Footichiste
Aujourd’hui, un héritage encore vivant
Près d’un siècle après la fin des grands conflits, les cicatrices demeurent invisibles mais bien présentes dans l’inconscient collectif. Le derby reste l’expression de cette mémoire. Bollaert, avec ses tribunes populaires et son chant « Les Corons »1, raconte l’histoire des mineurs tombés. Pierre-Mauroy, stade high-tech inauguré en 2012, illustre quant à lui la modernité d’une métropole européenne.
Quand Lille et Lens s’affrontent, ce sont donc deux héritages qui s’entrechoquent. Ce derby n’est pas seulement une bataille sportive : il est le rappel qu’au cœur d’un territoire meurtri par les guerres, le football est devenu le plus beau des exutoires.
- Chanson de Pierre Bachelet ↩︎
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