Alors que le journal L’Équipe fête cette année ses 80 ans d’existence, il est impossible d’évoquer le plus grand quotidien sportif français sans parler de ses Unes. Bien plus que de simples premières pages, les Unes de L’Équipe sont devenues mythiques et incontournables. Avec pour marque de fabrique des titres puissants et des photographies mémorables, elles racontent à elles seules des milliers d’histoires de gloires, de désillusions, de communions et d’émotions. Depuis la création du journal, le 28 février 1946, le nord de la France n’a cessé d’être le théâtre de prouesses sportives marquantes et d’être sur le haut de l’affiche du célèbre quotidien rouge et blanc. À l’occasion de cet anniversaire, retour sur quatre Unes majeures de L’Équipe qui ont marqué l’histoire du sport dans le nord.
28 Février 1946 : Quand L’Équipe nait avec Lille en Une
© – L’Equipe
Créé à la suite de l’interdiction du journal L’Auto après la Seconde Guerre mondiale, le journal L’Équipe sort son premier numéro le 28 février 1946. Un simple journal de deux pages, qui récapitule l’ensemble de l’actualité sportive. Parmi les sujets de cette première Une, un titre attire l’attention : « Lille 46 supérieur à l’O.L. et Fives 39 ? Peut-être… ». Derrière cette question se cache le nouveau visage du football français de l’après-guerre. Quelques mois plus tôt, l’Olympique Lillois et le Sporting Club Fivois 39 ont fusionné pour donner naissance à Lille 46 (désormais le Losc). Deux clubs historiques de la ville qui mettent leurs meilleurs éléments en commun pour former une nouvelle équipe capable de jouer les premiers rôles.
Et le pari s’avère rapidement payant. Après avoir atteint la finale de la Coupe de France dès 1945, Lille réalise une saison 1945-1946 exceptionnelle. Au moment où L’Équipe publie son premier numéro, le Losc est lancé dans une folle course au titre. Quelques mois plus tard, les Lillois deviennent champions de France avant de remporter la Coupe de France face au Red Star. Le jeune club signe ainsi le premier doublé de son histoire, au cœur de l’un des premiers grands moments du football français de l’après-guerre.
Avec le recul, cette première Une a donc une dimension particulière. L’Équipe vient à peine de naître qu’elle met déjà en lumière une équipe appelée à devenir l’une des grandes puissances du football français.
12 Avril 1981 : Hinault, de la souffrance à la délivrance
© – L’Equipe
Difficile de faire plus parlant. Sur cette Une de L’Équipe, Bernard Hinault apparaît deux fois, à quelques centimètres l’un de l’autre, mais dans deux états totalement opposés. À gauche, le visage fermé, le corps malmené par les pavés, le champion semble subir les difficultés de Paris-Roubaix. À droite, changement radical : Hinault lève les bras dans le vélodrome de Roubaix, enfin délivré, avec le sourire de celui qui vient de vaincre l’une des courses les plus difficiles du calendrier. En deux images, L’Équipe raconte donc tout Paris-Roubaix : l’enfer des pavés, les coups du sort, le combat et, finalement, la délivrance dans le vélodrome.
Cette opposition entre souffrance et victoire résume à elle seule le scénario complètement fou de cette édition 1981 de Paris-Roubaix. Car avant de pouvoir savourer son triomphe, Hinault doit traverser un véritable enfer. Le Français chute à plusieurs reprises, connaît des crevaisons et doit constamment revenir sur les hommes de tête. Lui qui n’apprécie guère les pavés et n’a jamais fait de Paris-Roubaix son terrain de prédilection s’accroche pourtant jusqu’au bout. Et le dernier acte est à l’image de la course : imprévisible. Dans le vélodrome de Roubaix, Hinault se retrouve aux côtés de plusieurs spécialistes des pavés, dont le Belge Roger De Vlaeminck et l’Italien Francesco Moser. Alors que tout semble les désigner comme les favoris du sprint, le Français prend les devants. Il lance son effort de loin, résiste au retour de De Vlaeminck et franchit la ligne en vainqueur. Il devient ainsi le premier Français depuis 25 ans à remporter Paris-Roubaix.
La force de cette Une tient alors autant à son titre qu’à ses photographies. En mettant en parallèle le Hinault qui souffre et celui qui triomphe, L’Équipe raconte une histoire universelle : celle d’un homme qui doute, endure et finit par être récompensé. Le titre, très personnel, renforce encore cette impression. Le lecteur n’est pas seulement face au résultat d’une course : il est invité à ressentir, à travers le visage et l’attitude du champion, la délivrance et le bonheur qui suivent des heures de souffrance.
30 Janvier 2017 : les Experts mettent Lille à leurs pieds

La Une du 30 Janvier 2017
© – L’Equipe
Une page entière. Pas une simple photographie, pas un encart parmi les autres. Ce 30 janvier 2017, L’Équipe consacre sa Une aux « Experts », au lendemain de leur sixième sacre mondial. Une grande image pour une équipe qui, depuis plus de vingt ans, semble avoir pris l’habitude de repousser les limites. Mais derrière cette domination presque insolente du handball français, cette Une raconte aussi une autre histoire : celle d’un moment d’histoire qui s’est écrit à Lille.
Car quelques jours plus tôt, les Bleus ont investi le Stade Pierre-Mauroy, transformé pour l’occasion en immense arène de handball. Et pour leur huitième de finale face à l’Islande, ils découvrent une enceinte pleine à craquer. 28 010 spectateurs assistent à la victoire française (31-25), établissant un nouveau record d’affluence pour un match de championnat du monde. Trois jours plus tard, le chiffre est égalé pour le quart de finale contre la Suède. L’’expérience est particulière. Les joueurs évoluent cette fois dans un stade de football, devant une foule immense, avec des tribunes qui paraissent démesurées autour du terrain : « C’était exceptionnel », résume alors Thierry Omeyer, tandis que plusieurs joueurs racontent leur étonnement devant l’ampleur de l’affluence.
Et cette ferveur lilloise accompagne une équipe de France qui marche alors sur le handball mondial. Depuis son premier titre en 1995, elle a déjà remporté cinq championnats du monde. Ce jour là, elle ajoute une sixième étoile à son maillot en dominant la Norvège en finale (33-26). La domination des « Experts » atteint alors une nouvelle dimension, et Lille en devient l’un des symboles les plus spectaculaires.
23 Mai 2026 : Lens atteint enfin au graal

© – L’Equipe
Avec cette dernière Une, on touche cette fois à l’histoire récente. Celle d’un événement dont les images sont encore fraîches dans les mémoires et qui a offert au RC Lens l’un des plus grands moments de son histoire. Après des décennies à regarder le trophée lui échapper, le Racing tient enfin sa Coupe de France. Pour comprendre la portée de ce moment, il faut remonter aux trois finales précédentes du club. En 1948, 1975 puis 1998, les Lensois avaient à chaque fois échoué sur la dernière marche. En 2026, pour leur quatrième tentative, les Sang et Or avaient cette fois rendez-vous avec l’histoire.
Face à Nice, Lens finit par faire la différence. Après une première période longtemps indécise, les Sang et Or s’imposent finalement 3-1 et peuvent enfin laisser éclater leur joie. Mais l’histoire ne s’arrête pas au coup de sifflet final. Alors que les joueurs quittent le Stade de France, plusieurs milliers de supporters lensois prennent la direction de Bollaert-Delelis pour attendre leurs héros. Après une longue attente, c’est vers 5 heures du matin que les joueurs viennent célébrer le trophée avec leur public. C’est précisément cette délivrance que cherche à incarner la Une de L’Équipe. Derrière le trophée, les sourires et les célébrations, elle raconte l’accomplissement d’un club, de ses supporters, de tout un peuple.
Car c’est finalement ça qui fait que ces Unes marquent tant. Des événements majeurs, qui nous ont fait vivre des émotions folles. Et ce moment précis, retranscrit par une photo et un titre, permet de figer à jamais ces instants dans l’histoire du sport. Des moments qui, au fil des décennies, ont contribué à faire du nord une terre incontournable du sport français.





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