En battant le Nicaragua 2-0 le 18 novembre 2025, Haïti a scellé sa qualification pour la Coupe du Monde 2026, pour la deuxième fois seulement après 1974. Une délivrance pour les fans des Grenadiers qui n’ont plus que le football pour se réjouir, dans un pays gangréné par la violence et les gangs. Malheureusement, ils ne pourront pas se rendre aux États-Unis, interdits de séjour par Donald Trump.

Haïti, une équipe historique de la CONCACAF

Haïti est membre de la FIFA depuis 1934, soit l’année de la deuxième édition de la Coupe du Monde, alors appelée Coupe Jules Rimet, du nom de son fondateur. Leur première tentative se solde par un échec cuisant face au Costa Rica. Quasiment 20 ans plus tard, les Bicolores retentent leur chance pour l’édition 1954, encore un échec. En 1957, ils remportent le championnat de la CCCF, l’ancêtre de la CONCACAF. En 1961, ils deviennent membre de cette nouvelle confédération, et en deviennent la meilleure équipe caribéenne et la seule à remporter la Gold Cup en 1973. Sous le régime des Duvalier, les Grenadiers connaissent leur âge d’or.

Sous la direction du natif d’Hispaniola, Antoine Tassy, ils réussissent à se qualifier pour la Coupe du Monde 1974 en Allemagne de l’Ouest. Ils tombent malheureusement dans un groupe très relevé, avec aucun adversaire à leur portée. Malgré tout, ils créent presque la surprise dans leur match d’ouverture contre l’Italie. Leur star Emmanuel Sanon ouvre le score juste au retour de la mi-temps et brise le record du légendaire Dino Zoff qui n’avait pas concédé en 1143 minutes de football international. La Squadra Azzura ne tarda cependant pas à renverser le score pour s’imposer 3-1. Sur les deux matchs suivants, ils subissent une défaite 7-0 contre la Pologne, future troisième de l’édition, et une défaite 4-1 contre l’Argentine, scellant une dernière place dans le groupe. Sur les deux décennies qui suivent, le football haïtien connaît un lent déclin, loin de son statut de troisième meilleure équipe de la CONCACAF, derrière le Mexique et le Costa Rica.

2010 : le drame puis la reconstruction

En janvier 2010 Haïti subit une série de tremblements de terre, la catastrophe naturelle la plus meurtrière pour un pays au 21ème siècle. Sur les près de 200 000 décès causés par les séismes, une trentaine de morts était directement liée à la FHF. Des officiels, des membres du staff, des joueurs, des arbitres ont péri sous les décombres. Dans l’immédiat de la catastrophe, le stade Sylvio Cator qui accueille l’équipe nationale fut réquisitionné et converti en camp temporaire pour les survivants. Ayant tout perdu, sans joueurs, coachs ni stades, la Fédération Haïtienne de Football a pu compter sur une aide substantielle de la FIFA à hauteur de $3 million pour la reconstruction des infrastructures. Malheureusement une partie de l’argent a disparu sous l’administration Michel Martelly.

Depuis les années 2000, Haïti a connu une importante diaspora notamment vers la Floride et la France, ce qui a permis de donner un second souffle au football national et de fournir aux jeunes joueurs des Rouge et Bleu des conditions de jeu et de développement impossibles à avoir sur le territoire d’Hispaniola. La dégradation de la situation politique suite à l’assassinat de Juvenel Moïse en 2021 et la prise de contrôle de Port-Au-Prince par les gangs auraient pu défaire tous ces efforts mais la FHF semble assez imperméable à la corruption ambiante grâce au comité de normalisation nommé par la FIFA.

Un outsider crédible ?

Si l’équipe menée par le technicien français Sébastien Migné se retrouve parmi les 48 qualifiés ce n’est pas pour rien. Certes, elle a bénéficié de la nouvelle formule qui dit adieu aux 32 équipes mais elle a quand même mérité sa place. Elle ne bénéficiait pas du 12ème homme puisque tous ses matchs furent délocalisés à cause de la crise sécuritaire. Au lieu de jouer en Haïti, ses matchs «à domicile» se sont joués aux États-Unis, Aruba et Curação. Pas un problème pour la sélection caribéenne qui a assuré ses qualifications, jusqu’au troisième tour où ils s’en sortent face au Honduras, au Costa Rica et au Nicaragua. Les Grenadiers bénéficient d’une équipe solide où on retrouve notamment 6 joueurs évoluant en France : Johny Placide (gardien) au SC Bastia, Alexandre Pierre (gardien) au FC Sochaux, Carlens Arcus (défenseur) au Angers SCO, Martin Expérience (défenseur) à l’ASNL, Stéphane Lambese (défenseur) à Fleury et enfin le buteur de l’AJ Auxerre, Josué Casimir. À noter également la présence de Jean-Ricner Bellegarde, jeune milieu de Wolverhampton en Premier League, Danley Jean Jacques l’ancien messin aujourd’hui en MLS ou le meilleur buteur de l’histoire des Bicolores Duckens Nazon, sous contrat à Esteghlal en Iran.

Toutefois, malgré une équipe prometteuse, les Grenadiers auront fort à faire puisqu’ils se retrouvent dans le groupe C, l’un des plus relevés de l’édition 2026. Au programme, le Brésil, certes affaibli ces dernières années, mais même loin de ses standards habituels, la Seleção reste une équipe dangereuse. Demi-finaliste en 2022 le Maroc a confirmé son statut de grand d’Afrique à la CAN 2024 et compte bien réitérer ses exploits. Ils ont les joueurs pour et seront une marche très haute sur le parcours d’Haïti. Enfin ils devront affronter une sélection européenne elle aussi sevrée de Coupe du Monde depuis longtemps, l’Écosse, emmenée par Scott McTominay qui a arraché de manière dramatique sa qualification face au Danemark. La première tentative des Rouge et Bleu depuis 1974 s’annonce donc très compliquée mais ils auront à cœur  d’aller chercher au moins 1 point. 

Affaire à suivre donc et rendez vous le 13 juin pour suivre cette équipe face à l’Ecosse.

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Mathurin Viguier

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