Après l’élimination prématurée de Tourcoing en quart de finale de playoff du championnat de France. Pascal Lahousse, président du Tourcoing Lille Métropole, s’est entretenu avec nous pour évoquer la professionnalisation du championnat de France. Entre stabilité financière, droits TV et manque d’engagement de la Fédération : l’homme de 65 ans nous parle sans langue de bois.

Cette saison Tourcoing a une nouvelle fois montré qu’elle était devenue une place forte du volley français [NDLR : troisième année consécutive que l’équipe finit 3e de la phase régulière]. Dans le même temps, Cambrai est une équipe particulièrement en forme en Ligue B. Pour autant, la FFVB (Fédération française de volley-ball) ne semble pas particulièrement plébisciter le Nord : quels sont vos efforts pour y remédier ?

« Nous sommes allés chercher l’équipe de France en leur disant de venir [NDLR : l’équipe de France a choisi Léo-Lagrange comme camp de base durant huit semaines pour se préparer avant de s’envoler pour le Canada et la Ligue des nations en juin prochain.] On a invité le patron de la Fédération pour qu’il vienne ici lors de son inauguration, il n’a eu que des échos positifs. À chaque fois que je le rencontre, je rajoute une couche. Toutes les équipes qui ont joué ici, les techniciens de la Ligue trouvaient que c’était la plus belle salle des Hauts-de-France. Ça favorise tout cela.

Vous avez évoqué les instances dirigeantes [NDLR : Pascal Lahousse a été secrétaire général sous l’ancienne gouvernance de la Ligue nationale de volley], qu’est-ce que vous attendez de sa part en termes de dispositif financier qui puisse être mis en place ?

J’ai lancé la licence club, c’est une série d’obligations qu’ont les clubs, c’est comme un permis de conduire, s’ils ne cochent pas les différentes cases. Avant, il suffisait d’être bon sportivement pour monter de Ligue B en Ligue A ou se maintenir en Ligue A. Avec la licence club, on a mis en place 72 critères nouveaux : finances ; structuration des clubs ; infrastructures. C’est un programme conçu par les clubs qui a 4 à 5 ans pour se monter, cela ne s’est pas fait du jour au lendemain.

Il fallait notamment une infrastructure d’au moins 1 500 places : on ne peut pas se plaindre que la télé ne vienne pas nous voir si la capacité de notre salle est insuffisante. Tout le monde a validé le projet : on a été élu à 88 % des voix des présidents. Le problème est venu quand il a fallu demander aux présidents de club de mouiller le maillot. On était dans cette situation : « Tu veux apprendre à nager ? Oui. Tu sautes dans l’eau ? Non. » J’avais conçu cela pour que ce soit un guide de la stratégie des clubs. Au moment de revoter pour la nouvelle gouvernance, les présidents ont dit : « On ne veut pas. » Ils ont donc voté pour celui qui ne faisait rien. À l’inverse, des sports comme le hand et le basket qui continuent de grandir.

Pascal Lahousse, un président au four et au moulin
© – TLM

Il est important de souligner que dans un contexte économique où de nombreux clubs ont coulés. En parallèle, des joueurs de l’équipe de France tels que Jean Patry ont rappelé l’impossibilité de revenir jouer dans le championnat de France par manque d’attractivité. Les clubs sont confrontés à un plafond de verre ?

Vous savez pourquoi ? Quand vous allez en Italie, en Pologne, en Turquie, les clubs ne paient pas de charge patronale et les joueurs ne paient pas là-bas de charges sociales. Quant à nous, on paie 50 % de plus de charges patronales qu’eux. Aussi, quand une entreprise dépense 100 000 euros dans un club étranger, il est défiscalisé intégralement. Si vous dépensez autant dans votre club en France, vous êtes défiscalisé à hauteur de 0 ! Si j’avais les mêmes conditions, je paierais quatre fois plus mes joueurs. Par contre, j’ai dû baisser de 100 000 euros ma masse salariale. Si les collectivités doivent baisser leur apport, il faut libérer les autres possibilités pour les autres clubs de se développer. Sinon, il n’y aura plus de clubs pros !

Concernant la médiatisation du championnat par les droits TV, est-ce que c’est à BeIN Sports d’améliorer son offre ou au contraire, le modèle de LNV TV qui est insuffisant ?

Ce sont deux choses différentes : la LNV TV permet au plus grand nombre d’accéder à la retransmission des matchs (Marmara SpikeLigue, Ligue B, Saforelle Power 6). Avec BeIN Sports, on vise un monde beaucoup plus large. Avec la LNV TV, on doit construire un public suffisamment large, surtout dans un contexte de recomposition de l’économie des médias. J’ai rencontré des spécialistes de ces sujets-là à Paris : ils m’ont dit que le modèle traditionnel était mort. Les nouvelles générations zappent beaucoup plus.

Il faut donc créer du contenu et aujourd’hui, on a beaucoup d’abonnés : cela a de la valeur. La question est de voir si on revend ou non la chaîne. Quant à BeIN, une chaîne comme ça aussi, plus de valeur ajoutée. Ils vont d’ailleurs re-signer un contrat de diffusion : la condition est qu’il faut qu’il y ait suffisamment de personnes qui regardent lors de leur première année de diffusion du championnat (en 2022), le contrat allait jusqu’à la fin de la saison. Les audiences les ont poussés à signer derrière pour 3 ans. »

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Guillaume Repessé

© – Guillaume Repessé / Les Olympistes

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