« Vendez-moi ce stylo. » Dans Le Loup de Wall Street, cette réplique culte résume à elle seule l’art de vendre. À Lille, un homme semble en avoir fait sa spécialité : Olivier Létang. Auteur d’une intersaison remarquée, le président du LOSC a frappé fort en bouclant notamment les ventes d’Ayyoub Bouaddi et de Matías Fernández-Pardo pour un total de 160 millions d’euros. « Le Snake », comme s’en amusent certains amateurs de football sur les réseaux sociaux, est parvenu à assainir les finances du club sans sacrifier son ambition sportive. Mieux encore, il a offert à Davide Ancelotti un effectif toujours compétitif grâce à plusieurs recrutements aussi malins que bon marché.

Agité, voilà un mot qui définit bien l’intersaison lilloise. Face aux départs de nombreux joueurs prometteurs, Olivier Létang a dû faire fonctionner ses réseaux pour bâtir une équipe capable, dès la deuxième journée de championnat, de rivaliser les yeux dans les yeux avec le double champion d’Europe en titre, le Paris-Saint-Germain.

Un mercato historique dans le sens des départs

Le programme « Grand ménage de l’été » a été activé du côté du LOSC. Un nouveau cycle, dans la capitale des Flandres, qui a été enclenché dès le départ de leur entraîneur, Bruno Génésio, en quête d’un nouveau défi après trois saisons marquées par deux qualifications en Ligue des champions. Rapidement remplacé par Davide Ancelotti, fils du sélectionneur Carlo Ancelotti, Olivier Létang a pu construire un nouvel effectif selon la physionomie de son nouveau tacticien, en dépit des départs de plusieurs cadres.

Bruno Génésio, dirigeant une séance dans son nouveau club, l’Olympique de Marseille.
©- Jean-Marie Hervio / L’Équipe

Difficile pour un club de l’envergure du LOSC de résister aux offensives des plus grandes écuries anglaises. Une réalité qui s’est une nouvelle fois confirmée avec les départs de deux pépites lilloises. Ayyoub Bouaddi formé au club et Matías Fernández-Pardo recrutés pour la modique somme de 11,5 millions d’euros, cédés ensuite pour plus de 160 millions d’euros. Une plus-value exceptionnelle, largement rendue possible par les talents de négociateur d’Olivier Létang, notamment pour le transfert de l’international belge. Face aux grands moyens anglais, le président a su créer l’urgence, permettant ainsi de faire monter les enchères pour le joueur de 21 ans, parti pour 60 millions d’euros bonus compris.

Direction la Premier League pour les deux anciens Lillois Matías Fernández-Pardo (à gauche) et Ayoubb Bouaddi (à droite).
© – E. Garnier /L’Équipe

Des départs auxquels se sont ajoutés ceux des prometteurs Ugo Raghouber (Burnley), Ichem Ferrah (Pise) et Vincent Burlet (Cracovie), partis contre une enveloppe avoisinant 7,5 millions d’euros. Et ceux des expérimentés Aïssa Mandi (Levante), Chancel Mbemba (Al-Diriyah) et Thomas Meunier (Sunderland), libres à la fin de leurs contrats respectifs.

Le jeu des chaises musicales du côté des arrivées

Numériquement et qualitativement amoindris par les nombreux départs, les Dogues ont été contraints d’enregistrer de nombreuses arrivées pour avoir un effectif taille LDC, sans pour autant casser leur tirelire.

L’un des principaux chantiers de l’été concernait l’attaque, privée d’Hamza Igamane pour plusieurs semaines encore. Afin de tenir le rythme des trois compétitions, Olivier Létang est allé renforcer son secteur offensif du côté des Pays-Bas en s’offrant Ayase Ueda et Başar Önal pour, respectivement, 15 et 12,5 millions d’euros. Ces arrivées, complétées par le prêt de Dilane Bakwa, ancien pensionnaire de Ligue 1 en provenance de Nottingham Forest et buteur dès sa première apparition sous les couleurs lilloises, offrant à Davide Ancelotti une palette d’options offensives bien plus étoffée.

Décisif dès son entrée, Dilane Bakwa a réussi sa première sous sa nouvelle tunique.
© – A. Réau/L’Équipe

De l’autre côté du terrain, Olivier Létang a également multiplié les paris à moindre coût pour densifier l’effectif. Révélation de la Coupe du monde avec un Paraguay particulièrement accrocheur, le gardien Orlando Gill est venu apporter de la concurrence à Berke Özer, en difficulté notamment face au PSG.

Le secteur défensif n’a pas été oublié. Libre après la fin de son contrat avec le Séville FC, Tanguy Kouassi est arrivé pour renforcer l’axe de la défense. Au milieu, Maurits Kjærgaard, en provenance du RB Salzbourg, a l’étoffe du remplaçant naturel d’Ayyoub Bouaddi , malgré ses nombreuses blessures ces dernières saisons, tandis que Loun Srdanovic, recruté au Servette FC, endosse le rôle de doublure de Tiago Santos sur le côté droit. Autant d’arrivées qui permettent au Losc de rester un candidat sérieux au podium de Ligue 1, sans avoir à craindre les contrôles de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), contrairement à plusieurs clubs français.

Du gouffre financier à une stabilité retrouvée

Arrivé en 2020, dans un marasme financier à la suite du passage catastrophique de Gérard Lopez à la présidence du club, Olivier Létang est six ans plus tard l’architecte majeur du redressement économique de l’équipe nordiste, inimaginable à sa prise de fonctions. Plusieurs ventes records plus tard et une gestion rigoureuse, le Losc peut enfin souffler et imaginer sereinement la suite dans un championnat fragilisé ces dernières saisons par la baisse des droits TV, préjudiciable à des clubs comme Lyon ou Marseille, désormais sous la menace de la DNCG.

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Maël Carmont

©- FLORENT MOREAU – VDNPQR

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